The Killer de John Woo : un tournant dans l'histoire du cinéma d'action
En 1989 à Hong Kong, John Woo, déjà célèbre pour Le Syndicat du crime et sa suite, franchit un cap décisif avec The Killer. Ce film marie avec génie un romantisme flamboyant à des scènes d'action d'une intensité rare, créant une œuvre unique qui puise dans des influences variées tout en affirmant un style propre.
Des influences multiples pour une création originale
Entre l'esthétique de Sam Peckinpah, l'univers de Jean-Pierre Melville, la grâce de Charlie Chaplin, l'énergie de Martin Scorsese, l'épique de Sergio Leone, la précision de Michael Mann et même l'esprit des comédies musicales comme Chantons sous la pluie, John Woo tisse une toile cinématographique riche. The Killer émerge comme une synthèse personnelle de ces héritages, donnant naissance à une signature visuelle et narrative inédite.
Un tournage sous tension et des défis logistiques
Le projet démarre dans un contexte difficile. En désaccord avec son producteur Tsui Hark après Le Syndicat du crime 2, Woo ne peut lancer le film que grâce à l'intervention de Chow Yun-fat. L'acteur, star des deux précédents opus, convainc Golden Harvest de compléter le financement, assurant ainsi la production. Il incarne Jeff, un tueur à gages rongé par la culpabilité après avoir accidentellement blessé Jennie, une chanteuse de cabaret interprétée par Sally Yeh. Pour payer l'opération qui pourrait lui sauver la vue, Jeff accepte un dernier contrat, se retrouvant pris entre un policier acharné et un commanditaire traître.
Le tournage s'étale sur trois mois, soit le double de la durée habituelle à Hong Kong, compliquant l'obtention des autorisations. Woo doit ruser pour filmer certaines scènes, prétendant par exemple tourner un documentaire sur la course des bateaux-dragons. L'utilisation d'armes réelles et le recours à des cascades spectaculaires sous la direction de Ching Siu-Tung ajoutent au réalisme, mais aussi aux risques.
Des accidents et des moments de panique
Malgré des précautions, le plateau n'est pas épargné par les incidents. Sally Yeh est légèrement blessée par un éclat de shrapnel, tandis que Chow Yun-fat manque de perdre un œil lors du tournage de la séquence finale dans une église recréée en entrepôt. La scène de poursuite dans un tramway provoque même la panique parmi les voyageurs, persuadés d'assister à une véritable fusillade. Heureusement, Danny Lee, habitué des rôles de policier, parvient à apaiser les autorités.
Une esthétique révolutionnaire et un héritage durable
John Woo, entouré de techniciens d'exception comme le monteur David Wu, privilégie l'improvisation et des répétitions minutieuses. Il stylise l'action avec des ralentis, des arrêts sur image et des compositions visuelles iconiques, fétichisant les armes dans un ballet pyrotechnique d'une beauté envoûtante. The Killer transcende le simple film d'action pour devenir une tragédie explorant la fraternité, l'hérosme et le sacrifice, bien au-delà d'une intrigue amoureuse.
Le succès du film exaspère Tsui Hark, qui avait tenté en vain de le remonter. Distribué en Occident, The Killer révolutionne le cinéma d'action et influence toute une génération de réalisateurs, dont Quentin Tarantino. Aujourd'hui, une restauration 4K par Metropolitan permet de redécouvrir l'œuvre dans toute sa splendeur, accompagnée de suppléments enrichis, célébrant ainsi un classique intemporel qui a marqué l'histoire du septième art.



