Les sorties ciné de la semaine : « Le Diable s’habille en Prada 2 », « Sorda », « Vivaldi et moi »…
Sorties ciné : Prada 2, Sorda, Vivaldi et moi, Hokum, Die my Love

Pas loin de quinze films cette semaine et seulement une poignée valent le déplacement. On a donc, d’abord, retenu Le Diable s’habille en Prada 2, qui tente de renouer avec le succès du premier volet. Une suite plus mélancolique, dans laquelle on retrouve bien sûr Meryl Streep, Anne Hathaway, Emily Blunt et Stanley Tucci.

Les films à ne pas manquer

À noter aussi la sortie de Sorda, drame original dans lequel collaborent deux sœurs espagnoles : Eva Libertad à la réalisation et Miriam Garlo en tête d’affiche. La première est entendante, la deuxième sourde de naissance. Une réalité dont leur film est fortement inspiré, puisqu’il raconte l’histoire d’Angela – interprétée par Miriam Garlo –, une femme déstabilisée, à la naissance de son premier enfant, par la différence entre l’expérience de sa fille, entendante, et la sienne.

Pour les amateurs de classique, Vivaldi et moi évoque l’émancipation d’une jeune violoniste face à un mentor de génie, Vivaldi. Enfin, puisqu’il y en a pour tous les goûts, vous pourrez aussi vous plonger dans une love story à la fois torride et cauchemardesque avec l’épineux drame romantique Die my love de Lynn Ramsay.

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Et les fans de frissons auront droit à leur friandise de printemps (plus appétissante que le faisandé Le Réveil de la momie, sorti la semaine dernière) : Hokum de Damian Mc Carthy. Une bonne vieille histoire de manoir hanté au fin fond d’une forêt irlandaise, avec Adam « Severance » Scott en haut de l’affiche.

« Le Diable s’habille en Prada 2 » ★★★ Mélancolique

Il y a vingt ans, Andy (pétillante Anne Hathaway) quittait le job de rêve le plus cauchemardesque de tous les temps : assistante de la célèbre Miranda Priestly (Meryl Streep, iconique), diva de la presse mode croquée avec un humour dévastateur dans le cultissime Diable s’habille en Prada. La voici de retour, désormais quadragénaire et couronnée de succès – mais virée de son ancien journal, crise financière oblige – dans la légendaire rédaction de Runway, où elle retrouve sa patronne, jadis redoutable, désormais désarçonnée par les codes de la génération Z. Mais un milliardaire reprend la boîte et les têtes menacent de rouler. Moins drôle que le premier, malgré quelques gags réussis, Le Diable s’habille en Prada 2 est une critique habile et somme toute très mélancolique de la sinistre dégringolade des médias, sacrifiés sur l’autel du profit.

Élise Lépine.

« Sorda » ★★★★ Profond et sensible

On a l’habitude des films de frères – Coen, Dardenne etc. –, moins des films de sœurs. Il faudra pourtant compter avec ce duo espagnol : Eva Libertad, réalisatrice, et Miriam Garlo, comédienne. La première est entendante, la deuxième sourde de naissance. Sorda raconte l’histoire d’Angela (interprétée par Miriam Garlo, donc), une femme heureuse dans son couple mais déstabilisée, à la naissance de son premier enfant, par la différence entre l’expérience de sa fille, entendante, et la sienne. Le film rend compte avec beaucoup de finesse d’une expérience au fond universelle : celle de la différence entre parent et enfant. Il élabore aussi un univers sensoriel (bande-son, chorégraphie de la langue des signes…) qui permet au spectateur de partager l’expérience de l’héroïne. Un film profond et sensible, à ne pas manquer.

Florence Colombani.

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« Vivaldi et moi » ★★★ Beau livre d’images

Avec Mozart et Beethoven, Vivaldi est sans doute le compositeur qui a été le plus utilisé par les cinéastes. Pourtant, il n’existe pas de film de référence sur le « prêtre roux » qui vécut à Venise au XVIIIe siècle – autant dire dans des décors des plus cinégéniques. Le metteur en scène d’opéra Damiano Michieletto met en scène la Sérénissime dans toute sa splendeur, et raconte comment une orpheline, Cecilia (Tecla Insolia), violoniste douée, noue une relation particulière avec le maître de musique du couvent qui l’héberge, la Pietà… L’histoire qui se déroule est celle d’une émancipation féminine face à un génie, Vivaldi (Michele Riondino) donc, homme ombrageux, possessif et en même temps mentor rêvé pour une jeune musicienne. Un peu convenu et non dépourvu d’académisme, le film n’émeut pas mais se contemple comme un beau livre d’images enrichi par la musique, employée avec une vraie finesse.

Florence Colombani.

« Hokum » ★★★ Efficace

Derrière ce mot d’argot américain désignant un boniment ou des ficelles grossières utilisées pour manipuler le public, voilà un film paradoxalement franc du collier dans sa proposition : une bonne vieille histoire de manoir hanté avec fantômes, sorcière et portes qui grincent, dans une ambiance que ne renierait sans doute pas Stephen King. Adam Scott (visage bien connu des fans de Severance) incarne ici un auteur à succès de romans d’épouvante, alcoolique et marqué à vie par la mort violente de sa mère, suivie de la dérive mentale de son père. En pleine écriture de son prochain best-seller, il s’installe pour quelques jours dans un grand hôtel paumé en pleine campagne irlandaise, fréquenté par ses parents au temps du bonheur. Il envisage de disperser leurs cendres sur place mais, une fois arrivé dans l’établissement, d’inquiétants phénomènes se produisent… N’en disons pas plus : malgré ses imperfections et quelques invraisemblances, la recette Hokum fonctionne. Effroi efficace garanti.

Philippe Guedj.

« Die, My Love » ★★★ Love story dérangeante

Adapté du roman du même nom d’Ariana Harwicz, ce drame amoureux s’inscrit dans la droite ligne du CV de la réalisatrice Lynne Ramsay : depuis Ratcatcher jusqu’à You were never really there (A Beautiful Day, en France) en passant par We need to talk about Kevin, l’Écossaise filme les âmes au bord du gouffre, mais sans forcément y tomber. Avec Die, My Love, elle signe un film brut, charnel, à fleur de peau, souvent dérangeant dans le jeu extraverti à l’extrême de Jennifer Lawrence en jeune femme dévastée par une dépression post-partum. Face à elle, Robert Pattinson campe un mâle vaguement benêt, transi d’amour et contraint de s’adapter aux bouffées de folies de la femme de sa vie. On pense tantôt à John Cassavetes, tantôt à Terrence Malick mais à vrai dire, Die, My Love impose une singularité rare dans le cinéma américain. Une expérience, assurément. Bonus qui ne gâche rien : la présence, en vieux parents eux-mêmes dépassés, des vétérans Nick Nolte et Sissy Spacek, légendaire Carrie dans le classique de Brian De Palma.

Philippe Guedj.