Les secrets de la poursuite automobile spectaculaire dévoilés par le chef repéreur
Dans le monde du cinéma, les courses-poursuites automobiles se résument souvent à des scènes stéréotypées de vitesse folle dans les rues, avec des slaloms périlleux entre les véhicules et des collisions inévitables avec les voitures de police. Cependant, pour la séquence finale époustouflante du film « Une bataille après l’autre », nommé pas moins de treize fois aux Oscars, le réalisateur Paul Thomas Anderson a souhaité innover radicalement. C’est ce qu’a expliqué en détail son chef repéreur, Michael Glaser, âgé de quarante-quatre ans.
Une route du désert californien comme décor unique
L’équipe a opté pour une route sinueuse traversant le désert, caractérisée par des montées et des descentes abruptes. Cette bande d’asphalte forme un véritable serpent offrant des creux où la visibilité est nulle et des sommets où elle reste limitée. Ce choix a permis de créer une course-poursuite effrénée et sans précédent dans l’histoire du cinéma moderne. Située dans le sud de la Californie, cette route baptisée « River of hills » (rivière des collines) joue un rôle central.
« Les choses apparaissent, puis disparaissent, puis réapparaissent », décrit Michael Glaser. « C’est le flux et le reflux de la route. On ne peut pas vraiment voir ce qu’il y a de l’autre côté. » Les angles de caméra rasants donnent au public la sensation immersive d’être à bord des bolides impliqués, amplifiant l’intensité de la scène.
Une métaphore visuelle pour l’intrigue du film
Le film raconte l’histoire de Bob Ferguson, interprété par Leonardo DiCaprio, un gauchiste has been contraint de se reprendre en main lorsque sa fille, jouée par Chase Infiniti, disparaît. Bob doit surmonter un brouillard mental dû à des décennies de consommation de cannabis, qui affecte sa mémoire, pour affronter le colonel Lockjaw (Sean Penn), au service de suprémacistes blancs richissimes. La poursuite finale le montre désespérément à la recherche de sa fille qui tente d’échapper à ses ennemis dans l’aridité du désert.
Pour Michael Glaser, qui a guidé l’AFP sur le tronçon de la route 78 où une partie de la séquence a été filmée, cette route est une puissante métaphore. « Les personnages qui se tirent et se poussent mutuellement à travers quelque chose. » L’équipe a également utilisé un autre segment à Borrego Springs, sélectionné parmi environ deux cents lieux proposés par le régisseur.
Un travail de repérage minutieux et essentiel
Andy Jurgensen, le monteur nommé aux Oscars, précise : « Nous avons tourné pendant plusieurs jours. On commence simplement à filmer et on s’assure d’avoir toutes les prises de vue à l’avant et à l’arrière de toutes les voitures, et on s’assure que la distance soit cohérente. » Les chefs repéreurs comme Michael Glaser sont parmi les premiers à rejoindre un projet et les derniers à le quitter, leur contribution étant fondamentale.
Glaser compare souvent les lieux de tournage à « des personnages inconscients du film ». Ils « créent une ambiance, une palette, une atmosphère pour les personnages ». Dans « Une bataille après l’autre », le parcours à travers la Californie, d’Eureka au désert, reflète l’évolution narrative : de la verdure luxuriante à l’aridité désolée, symbolisant la conclusion de l’histoire.
Un favori pour les Oscars et une reconnaissance collective
« Une bataille après l’autre » est le grand favori pour l’Oscar du meilleur film lors de la 98e cérémonie prévue le 15 mars, offrant à Paul Thomas Anderson une chance notable de gloire. Bien que le travail de Michael Glaser ne corresponde à aucune catégorie officielle des Oscars, il considère que toute reconnaissance accordée au film est partagée par toute l’équipe. « L’ADN de chacun est dans le film », affirme-t-il. « Nous ne le réalisons pas, nous ne sommes pas devant la caméra. Mais, vous savez, il y a un petit bout de nous dedans. »
Ce processus de repérage, qu’il compare à la croissance d’un arbre avec des branches qui meurent et d’autres qui poussent, a été crucial, notamment dans le désert qui a façonné le troisième acte du film. « Il n’y a personne ici pour vous surveiller, vous aider ou vous confiner. Vous êtes en quelque sorte livré à vous-même. » Une philosophie qui résonne avec l’essence même de cette production cinématographique exceptionnelle.



