Seb la Frite présente « Trente » à Cannes, un documentaire intime sur ses origines
Seb la Frite présente « Trente » à Cannes

Sébastien Frit, connu sur YouTube sous le nom de Seb la Frite, désormais réduit à SEB, a présenté son quatrième film, « Trente », sur la Croisette. Le néo-trentenaire, originaire de Chancelade en Dordogne, s'est confié sur cette production auprès de « Sud Ouest ».

Des débuts modestes à la consécration

« Il y a quatorze ans. » C'est ce que l'on peut lire sous la première vidéo encore disponible sur la chaîne YouTube de SEB. Le 25 janvier 2012, Sébastien Frit allume une caméra dans sa chambre à Chancelade, dans la périphérie de Périgueux (Dordogne). Il annonce à ses quelques centaines d'abonnés qu'il va réaliser des défis. Dans les semaines suivantes, on voit un adolescent de 16 ans manger des piments, de la cannelle en poudre et des chamallows. Aujourd'hui, ce gamin a 30 ans, presque 6 millions d'abonnés et il vient de présenter son dernier documentaire au Festival de Cannes, samedi 16 mai.

« Je ne suis pas le seul à avoir fait des petites vidéos. Je suis juste ce gars chanceux. Mais j'essaie de passer mon temps à prouver que cette chance, j'en fais quelque chose par le travail », confie-t-il.

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« Trente » : un voyage introspectif

« Trente », son quatrième long-métrage (disponible dimanche 24 mai sur YouTube), est à la fois un voyage à la découverte de la Polynésie et une introspection sur le temps qui passe, marqué par une ascension médiatique. « C'est trop bizarre, tu ne peux pas calculer ça, confie-t-il. Je me demande toujours : "pourquoi moi ?" Tout le monde a fait ça, je ne suis pas le seul à avoir fait des petites vidéos. Je suis juste ce gars chanceux. Mais j'essaie de passer mon temps à prouver que cette chance, j'en fais quelque chose par le travail. »

Liens familiaux et racines

Parti à Paris après son bac pour faire ses études et tenter sa chance dans l'audiovisuel, le jeune Périgourdin n'a plus quitté la capitale. Dans son film, il évoque cet éloignement de ses proches et son désir de changer ses habitudes. « Je me suis rendu compte que je ne les voyais qu'à Noël. En une décennie, je les aurais vus dix fois », souligne-t-il. Une grande partie du documentaire est d'ailleurs consacrée à ces liens familiaux, à travers de longues discussions avec les Polynésiens et un événement marquant dans la vie du youtubeur.

Le film s'ouvre sur des images de sa maison d'enfance en Périgord, quittée un peu trop vite au moment des études, vendue dans la foulée par ses parents et devant laquelle il est retourné filmer. Un pèlerinage presque thérapeutique pour celui qui se décrit comme un grand nostalgique. « Les choses n'ont pas bougé, c'est très bizarre », sourit-il en évoquant le panneau « Attention au chien » toujours fixé au portail.

Le Périgord dans la peau

La Dordogne lui a également offert sa première exposition médiatique, dans l'édition de « Sud Ouest Dimanche » du 15 mars 2009. Dans un article titré « La truite, une histoire de famille », on suit le jeune Sébastien, son père et son grand-père lors d'une partie de pêche au bord de la Beauronne à Marsac. Un événement évoqué dans le long-métrage : « La première fois de ma vie que j'apparaissais dans un journal, c'était aux côtés de mon père […] C'est aussi pour ça que j'aime la pêche. »

Aujourd'hui, bien que ses grands-parents aient disparu et que ses parents aient déménagé dans la région de Toulouse, le lien avec le Périgord reste intact. Son meilleur ami et collaborateur y exerce toujours en télétravail, et le youtubeur s'impose désormais d'y revenir tous les deux ou trois mois.

Un journal intime sur grand écran

Initialement, ce quatrième projet devait être un documentaire d'aventure classique dans la lignée de ses précédentes productions à l'étranger. Mais à l'aube de ses 30 ans, en pleine crise existentielle, Sébastien Frit a tout annulé : « J'ai voulu faire un journal intime. C'est ce dont j'avais besoin. » Le projet, tourné sur une année, évoque ainsi ses émotions et notamment « une rupture amoureuse », vraisemblablement celle avec l'influenceuse Léna Situations.

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Projection symbolique

La production a pris une dimension cinématographique totalement imprévue, s'offrant une tournée des salles partout en France, lundi 18 et mardi 19 mai. « J'ai présenté mes premiers documentaires lors d'avant-premières à Paris. Je me suis dit que ce genre d'événements ne devait pas être réservé à la capitale. Puis, on m'a annoncé qu'une telle thématique était diffusable à Cannes. » Une immense fierté pour celui qui s'était toujours interdit d'aller sur la Croisette en simple « influenceur ».

Mais pour l'enfant de Dordogne, le moment le plus fort ne s'est pas joué sur le tapis rouge. Il a eu lieu au multiplexe CGR de Périgueux. « C'est là que j'ai découvert le cinéma quand j'étais gamin, concède-t-il. Faire un film sur mes origines, sur moi, et qu'il soit diffusé dans ce même cinéma, c'est peut-être plus fort que d'être à Cannes. La symbolique est trop belle. »

L'histoire de ce documentaire a commencé par une vidéo du jeune Sébastien pour son alter ego trentenaire, lui demandant ce qu'il devient et s'il a accompli plusieurs de ses projets. « Trente » en est la première réponse. Une suite ? Peut-être, peut-être pas, mais une clé USB contient désormais des questions pour ses 40 ans.