La photographie in-game : quand les mondes virtuels deviennent terrains de création
Cette falaise existe à deux endroits bien distincts. Dans le désert californien, aux États-Unis, et dans l'univers numérique de Cyberpunk 2077, le jeu vidéo de CD Projekt Red sorti en 2020. Avec la publication de Photographie, Jeu vidéo, Paysage, le photographe Pascal Greco dévoile quatre années d'images capturées non pas dans le monde réel, mais au cœur de territoires numériques inspirés de lieux existants.
Des pays recréés en terrains de chasse visuelle
Une douzaine de « pays » recréés par les développeurs deviennent ainsi ses terrains de chasse visuelle. De la Pennsylvanie de Silent Hill 2 à la Grèce d'Assassin's Creed Odyssey, ces mondes virtuels s'offrent à son objectif numérique. Sa pratique, de plus en plus en vogue, porte un nom spécifique : la photographie in-game ou photographie virtuelle.
Du confinement à la découverte artistique
En 2020, dix ans après un premier voyage en Islande, Pascal Greco envisageait d'y retourner avec son appareil photographique. La pandémie de Covid-19 en décidera autrement. Confiné chez lui, ce photographe spécialisé dans les paysages et l'architecture découvre alors un terrain d'exploration inattendu : la carte virtuelle de Death Stranding.
« Je me rends compte qu'on est dans une Islande fantasmée, et que, grâce au mode photo, je peux quand même réaliser mon projet photographique depuis mon salon », explique-t-il. De cette contrainte imposée par les circonstances naît une démarche artistique complètement nouvelle.
Les modes photo : des outils de création démocratisés
« Le but, c'est de prendre les mêmes photos que dans le monde réel. La manette devient mon appareil », défend le photographe. Comme sur le terrain physique, il compose soigneusement son cadre, attend patiemment la bonne lumière, guette un ciel qui se découvre au bon moment. Il refuse cependant d'exploiter les outils avancés des modes photo, pourtant de plus en plus présents dans les blockbusters vidéoludiques.
Depuis plusieurs années, de nombreux studios intègrent des modes photo sophistiqués à leurs jeux :
- Contrôle précis de la caméra
- Réglage de l'heure de la journée
- Modification de la lumière
- Ajouts de filtres variés
- Possibilité d'exporter directement les captures d'écran
Une reconnaissance artistique encore incomplète
Ubisoft organise même depuis trois ans des concours dédiés à cette pratique. « C'est gagnant-gagnant : les joueurs créent, les jeux gagnent en visibilité », observe Pascal Greco. Mais derrière cette démocratisation croissante se joue une reconnaissance encore incomplète.
« Le jeu vidéo reste méconsidéré, y compris sur le plan artistique ou musical », regrette-t-il. Dans son livre, trois textes remettent la pratique en parallèle avec le jeu vidéo, la photographie traditionnelle, et même la peinture classique.
Bugs visuels et abstraction numérique
Le travail de Pascal Greco contraste habilement les paysages photoréalistes avec des bugs visuels propres au jeu vidéo. Dans son ouvrage, le photographe a également capturé des éléments qu'on ne trouve que dans l'univers numérique : des bugs graphiques.
Les vues de paysage ou les textures de roche deviennent alors abstraites, striées de traits noirs ou collées ensemble de manière peu naturelle. « J'y vois encore la même démarche que dans le réel : quand on fait du polaroid, de la pellicule, il y a des accidents, décrit Pascal Greco. En fait, il y a plein de parallèles avec la photographie réelle, parfois subtils, parfois évidents. »
Cette exploration des mondes virtuels ouvre ainsi de nouvelles perspectives artistiques, où la frontière entre réel et numérique s'estompe progressivement au profit d'une création hybride et innovante.



