La ministre de la Culture écarte temporairement la réforme de l'audiovisuel public
Dans sa première interview accordée à France Inter ce lundi, la nouvelle ministre de la Culture Catherine Pégard a annoncé que le projet de regroupement entre France Télévisions et Radio France ne serait pas à l'ordre du jour « ces prochains mois ». L'ancienne journaliste, qui a présidé le Château de Versailles de 2011 à 2024 avant de succéder à Rachida Dati fin février, a ainsi marqué ses premières orientations politiques.
Un projet de holding reporté sine die
Le dossier phare de son prédécesseur, porté par le sénateur Laurent Lafon, visait à créer une holding commune regroupant France Télévisions, Radio France et l'INA, soit 14 000 salariés et un budget total de 4 milliards d'euros. Cette structure devait permettre une gouvernance unifiée avec un PDG unique et une maison mère chargée de la stratégie globale, sans pour autant fusionner les trois entités.
« Je pense qu'elle n'est pas pour les prochains mois. Je pense qu'il ne faut pas abandonner l'idée de cette holding. Mais plutôt que de s'interroger sur les structures, sur lesquelles on peine à trouver un consensus, il faut plutôt penser à améliorer le fonctionnement du service public », a déclaré Catherine Pégard, laissant la porte entrouverte à un éventuel retour du projet.
Un contexte politique et social inflammable
Le texte créant cette holding avait été adopté par les sénateurs en juillet dernier grâce à la procédure du vote bloqué, mais sa deuxième lecture à l'Assemblée nationale apparaît désormais fortement compromise. Plusieurs facteurs expliquent ce report :
- L'absence de majorité claire à l'Assemblée rend improbable toute adoption avant la prochaine élection présidentielle
- Les syndicats des entreprises concernées et le Parti Socialiste s'opposent fermement à cette réforme
- L'exécutif ne souhaite pas ouvrir un front parlementaire sur un dossier jugé non prioritaire
- Les travaux de la Commission d'enquête sur l'audiovisuel public ont créé un climat tendu, avec des débats parfois excessifs selon la ministre
Malgré certaines critiques concernant la neutralité, les Français conservent globalement une bonne image de leurs chaînes publiques, ce qui réduit l'urgence perçue d'une réforme structurelle.
La rénovation du Louvre comme priorité immédiate
Face à ce report, Catherine Pégard a mis en avant d'autres chantiers culturels, notamment l'adaptation du projet de rénovation du musée du Louvre avec une insistance particulière sur les questions de sûreté. Cette orientation marque un changement de priorité par rapport à son prédécesseur, recentrant l'action du ministère sur des dossiers patrimoniaux concrets.
Un serpent de mer politique depuis dix ans
Ce report s'inscrit dans une longue série de tentatives avortées de réforme de l'audiovisuel public. Depuis au moins une décennie, différents gouvernements ont exploré diverses formules :
- Le concept de « fusion » entre les entités publiques
- Le modèle de la « holding » proposé par Laurent Lafon
- L'idée d'une « BBC à la française » portée par certains experts
En 2019, Franck Riester avait déjà présenté un projet de loi qui fut interrompu par la crise sanitaire de 2020. D'autres initiatives similaires ont été suspendues par des dissolutions de l'Assemblée ou des changements de gouvernement. La question de l'avenir de l'audiovisuel public devrait ressurgir pendant la campagne présidentielle, notamment avec des propositions de privatisation portées par le Rassemblement National et Reconquête.
Ce nouvel ajournement confirme la difficulté structurelle à réformer en profondeur le paysage audiovisuel public français, renvoyant probablement le débat à l'après-2027.



