« Paris au temps du Bal nègre » : un documentaire captivant sur un lieu emblématique
Le documentaire « Paris au temps du Bal nègre », diffusé ce soir sur France 4, plonge les téléspectateurs dans l'histoire fascinante d'un espace de liberté et de fierté qui a marqué les Années folles parisiennes. Réalisé par Martine Delumeau, ce film de 52 minutes explore la genèse et l'impact de ce lieu mythique, né d'une simple arrière-salle de bar-tabac.
Les origines électorales d'un phénomène culturel
En 1924, dans le 15e arrondissement de Paris, au 33 de la rue Blomet, Jean Rézard des Wouves, un candidat martiniquais à la députation, installe son quartier général de campagne. Pour attirer des sympathisants dans ce quartier populaire et ouvrier, ses meetings politiques se transforment rapidement en concerts improvisés où il joue de la musique antillaise au piano. Ces réunions électorales évoluent naturellement en soirées dansantes, qui deviennent permanentes et prennent le nom de Bal colonial dès 1924.
La transformation en Bal nègre et son rayonnement
En 1931, année de l'Exposition coloniale, le poète Robert Desnos rebaptise l'endroit Bal nègre, en réaction à cet événement officiel. Les surréalistes organisent alors un contre-événement, et le lieu attire rapidement une foule éclectique. Des créoles exilés de tous milieux, des petits-bourgeois assimilés, des travailleurs des usines Renault et Citroën voisines, des étudiants et des intellectuels s'y retrouvent pour danser la biguine, une musique issue du jazz qui scandalise la bourgeoisie mais enthousiasme les artistes.
Le Bal nègre devient un point de rencontre incontournable pour les figures emblématiques de l'époque :
- Man Ray et Kiki de Montparnasse
- Robert Desnos, qui habite au 45 de la même rue
- Joséphine Baker, Maurice Chevalier et Mistinguett
- Jean Cocteau, Ernest Hemingway et Piet Mondrian
Un espace de liberté et le berceau de la négritude
Martine Delumeau utilise des lettres fictives écrites par Jeanne, une jeune bonne, Arsène, un musicien, et Gaston, un étudiant, pour raconter leur expérience de la vie en métropole. Ces récits mettent en lumière comment le Bal nègre fut, à la nuit tombée, un espace de liberté et de fierté pour les hommes et les femmes à la peau noire, souvent victimes de regards racistes dans la société parisienne de l'époque.
Fréquenté par des intellectuels aux idées révolutionnaires, le lieu devint même le berceau d'une réflexion sur la négritude, un mouvement littéraire et politique étroitement lié à l'anticolonialisme. Il offrait un refuge où la culture noire pouvait s'exprimer librement et où des discussions intellectuelles pouvaient fleurir.
Une effervescence de courte durée
Malgré son importance culturelle et politique, l'effervescence du Bal nègre fut de courte durée. Les espoirs et les rêves qu'il avait portés au cours des Années folles ont été balayés par la Seconde Guerre mondiale, marquant la fin de cette période unique d'expression et de résistance.
Le documentaire « Paris au temps du Bal nègre » est diffusé ce lundi 30 mars à 22h30 sur France 4 et est disponible en replay sur france.tv. Une plongée historique essentielle pour comprendre un chapitre méconnu mais fondamental de l'histoire parisienne et de la lutte contre le colonialisme.



