Ce mercredi 13 mai 2026, lors de la cérémonie d'ouverture du Festival de Cannes, une Palme d'honneur sera remise au réalisateur néo-zélandais Peter Jackson. Ce dernier a triomphé au box-office mondial avec ses deux trilogies adaptées du « Seigneur des anneaux », la saga littéraire d'heroic fantasy signée J.R.R. Tolkien.
Un nain devenu géant
Un nain devenu géant. Un hobbit, métamorphosé en King Kong. Un magnifique magicien qui aura terrassé le Balrog hollywoodien. Pour faire de la planète cinéma, sa propre Terre du milieu. En s'appropriant l'œuvre littéraire de J.R.R. Tolkien, réputée inadaptable sur grand écran, Peter Jackson a également bâti sa propre légende. Le Seigneur des anneaux l'a définitivement consacré seigneur des studios. L'histoire d'un garçon de Wellington, capitale de la Nouvelle-Zélande, né dans une famille modeste (père comptable, mère au foyer), devenu l'un des plus puissants potentats de l'industrie du cinéma. Mais aussi, un incroyable faiseur de rêves. Un conteur magnifique. Ce qui lui vaut de recevoir une Palme d'honneur cette année, remise lors de la cérémonie d'ouverture du 79e Festival de Cannes. Après avoir déjà vu briller une étoile à son nom sur le fameux Hollywood Walk of fame.
Un parcours semé d'épreuves
Pourtant, comme les personnages de ses longs-métrages, Sir Jackson (il a été anobli dans son pays natal) a surmonté bien des épreuves avant de toucher au Graal du 7e art, avec 11 Oscars sur 25 nominations pour Le Seigneur des anneaux, le retour du roi. Autant que Ben-Hur ou Titanic ! Un « NéoZ » qui a opté pour le cinéma, pas pour le rugby ! Plutôt que de taquiner le ballon ovale, comme beaucoup de « Néo-Z » qui aspirent à endosser le maillot des All Blacks, l'apprenti cinéaste a très tôt opté pour le maniement d'une caméra. Dès 13 ans, il se montre également expert en effets spéciaux : avec une figurine de gorille, une maquette et des jouets, le gamin singe la scène finale de King Kong. Une vocation était née. Même s'il lui faut attendre quelques années avant d'en réaliser un remake blockbuster, où il mettra toute sa maestria à ressusciter la belle (incarnée par Naomi Watts) et la bête.
Les débuts dans le gore
Car le jeune Peter s'amuse d'abord à « Bouh, fais-moi peur ». Avec des films gores à l'humour potache, où l'hémoglobine coule à longueur de bobines. Auteur culte pour aficionados du genre au mauvais goût volontaire (Bad taste). Mais ses zombies de Braindead lui offrent une première distinction au Festival de Gérardmer. Déjà l'art et la manière de s'affranchir des frontières du fantastique… Avec Créatures Célestes, inspiré d'un sombre fait divers, Peter Jackson fait preuve d'une nouvelle maturité, empoche un lion d'argent à Venise ; ainsi que la considération des critiques.
La quête hollywoodienne : trois films sinon rien !
Le voilà mûr pour céder aux sirènes hollywoodiennes. Sans y ruiner son âme ! Miramax ne voulait qu'un seul film pour Le Seigneur des anneaux ? C'est avec New Line Cinema que Peter Jackson ira au bout de ses ambitions. Trois films, pour trois tomes. Un triomphe public et critique, aux plus de trois milliards de recettes ! Batailles homériques, innovations technologiques (le motion capture), le cinéma retrouve le souffle des grandes épopées. Et l'heroic fantasy, une nouvelle renommée. De quoi replonger avec la trilogie du Hobbit, qu'il n'avait pas prévu de réaliser. Pour le même succès, au risque de se transformer en Gollum avide de business. Mais on garde foi en l'esprit Peter Pan de Jackson. Et puisque sa quête héroïque a débuté sur la Croisette (26 minutes de La communauté des anneaux dévoilées en avant-première en 2001), nul doute qu'avec cette Palme d'honneur, lui aussi touche aussi son précieux !
Le retour du roi Jackson pour bientôt au cinéma ?
Déjà 12 ans que Peter Jackson n'a plus réalisé une fiction. Son dernier feu d'artifice, le maître enchanteur l'a tiré avec Hobbit, la bataille des cinq armées. Depuis, les clameurs se sont tues. Ou presque. Car en reprenant pied dans la réalité, l'infatigable arpenteur de la Terre du milieu a redonné voix aux Beatles, via son documentaire Get back en 2020. Il a aussi exhumé les Poilus des tranchées en se plongeant dans les archives de la guerre 1914-18 (Pour les soldats tombés). Producteur et scénariste, il continuera d'explorer Tolkien via La chasse au Gollum, que doit réaliser Andy Serkis (interprète du rôle-titre), mais aussi Le seigneur des anneaux, l'ombre du passé, projet qu'il développerait avec l'humoriste Stephen Colbert (The Late show) pour relater des péripéties ignorées des Hobbits. Sans compter l'excitant Tintin (Pour une adaptation de deux albums Les sept boules de cristal et le Temple du soleil) pour prendre la suite de son pote Spielberg. À moins qu'il ne préfère se concentrer (façon Jurassic Park en collaboration avec une entreprise de biotechnologie) sur la résurrection réelle du Moa, un oiseau disparu depuis 600 ans en Nouvelle-Zélande. Avec Peter Jackson, on n'est certainement pas au bout de nos surprises…
Peter Jackson en quatre films culte
Brain dead, ou les zombies farceurs, dégoûtant et hilarant (1993)
Du sang et des rires. « Le film le plus dégoûtant et le plus hilarant jamais vu. », dira un critique américain. Peter Jackson creuse le sillon de la comédie d'épouvante avec cette histoire de mère intrusive vis-à-vis des relations sentimentales de son fils, qui se transforme en zombie contagieux après avoir été mordu par un singe-rat ! Avec un budget minime, Jackson déverse des flots d'hémoglobine, signe des scènes cultes, et choque les âmes sensibles.
Créatures célestes, dessein infernal (1994)
Un fait divers glaçant des années 1950 inspire ce drame teinté d'onirisme qui révèle la grande Kate Winslet. L'histoire de deux adolescentes, unies par un amour passionnel dans les années 1950, ce qui les conduira jusqu'au matricide. Le film est salué par la critique, et Peter Jackson acquiert une respectabilité.
Avec King Kong, gare au gorille ! (2005)
Un rêve de gosse devenu réalité. Car c'est en voyant King Kong (version 1931) que le petit Peter, 9 ans, a décidé d'être cinéaste. Trente-cinq ans après, auréolé du succès du Seigneur des anneaux, il réalise avec brio ce pur produit hollywoodien. Le gorille néo-zélandais est entré dans la cour des grands !
Hobbit : la bataille des cinq armées, la consécration (2014)
Un final grandiose. Même si les critiques ont été plus mitigés sur la seconde trilogie liée au Seigneur des anneaux, Peter Jackson clos (provisoirement) sa quête sur les écrits de Tolkien avec un divertissement total, et un duel mémorable entre le roi nain Thorin et l'orque Azog. Digne de Holiday on Ice !



