Les Oscars face aux crises : une cérémonie qui résiste malgré les conflits mondiaux
Oscars 2024 : comment la guerre au Moyen-Orient va impacter la cérémonie

Les Oscars, une institution qui défie les crises mondiales

À Hollywood, une maxime persiste : les Oscars résistent à tout. Les vingt-cinq dernières années en offrent une démonstration éclatante. En 2002, malgré le traumatisme profond des attentats du 11 septembre survenus six mois plus tôt, la cérémonie a bel et bien eu lieu. L'année suivante, en 2003, alors que la guerre en Irak venait tout juste de débuter et malgré une version sobre du tapis rouge – sans journalistes, uniquement des photographes – les Oscars se sont tenus. En 2021, dans un monde peinant à se relever de la pandémie de Covid et alors que les salles de cinéma commençaient à peine à rouvrir leurs portes, les Oscars ont persisté. Et l'an dernier, malgré les incendies dévastateurs qui avaient ravagé une partie de Los Angeles quelques semaines auparavant, les Oscars ont une nouvelle fois eu lieu.

Une cérémonie sous l'ombre des conflits

Ce dimanche, malgré la guerre qui fait rage au Moyen-Orient, les Oscars auront une nouvelle fois lieu. La question centrale demeure cependant : dans quelle mesure la cérémonie sera-t-elle impactée par les événements dramatiques de ces dernières semaines ? Assistera-t-on à un ton plus solennel, influencé par l'actualité internationale ? Entendra-t-on des messages patriotiques ou des hommages appuyés aux troupes engagées à l'autre bout du monde ? Les lauréats profiteront-ils de leur passage sur scène pour s'engager dans des discours politiques lorsqu'ils recevront leur précieuse statuette ? Les références au conflit et à la situation géopolitique seront-elles récurrentes tout au long de la soirée ? Ou bien s'agira-t-il d'un « business as usual », comme on aime à le dire ici et comme les Américains savent si bien le faire ?

Au moment où ces lignes sont écrites, rien n'est moins certain. Une chose paraît néanmoins probable : il n'y aura pas, ou très peu, d'attaques directes contre l'ancien président Donald Trump sur la scène du Dolby Theatre. En période de conflit ouvert, l'Amérique n'a pas pour habitude de critiquer publiquement ses dirigeants, une tradition qui devrait être respectée.

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Les pensées tournées vers Jafar Panahi

Nos pensées iront naturellement vers Jafar Panahi, unique artiste iranien nommé aux Oscars cette année pour son film Un simple accident. Perdu au milieu de la grande salle du Dolby Theatre, entouré de glamour et de paillettes, il se demandera sans doute ce qu'il fait là, vêtu d'un smoking, à célébrer le septième art alors que son pays natal est pris en tenaille entre le pouvoir répressif des mollahs et des pasdarans d'un côté, et les bombardements occidentaux de l'autre. Une dissonance saisissante.

Le spectacle doit continuer

Mais un autre credo hollywoodien demeure inébranlable : « the show must go on ». Le spectacle doit impérativement continuer. Ainsi, les Oscars se dérouleront et le suspense sera bien au rendez-vous, notamment concernant les récompenses majeures.

Il y a à peine deux semaines, la compétition semblait déjà jouée pour les Oscars principaux. Une Bataille après l'Autre alignait les prix du meilleur film et du meilleur réalisateur pour Paul Thomas Anderson, Timothée Chalamet roulait tranquillement vers l'Oscar du meilleur acteur pour Marty Supreme, et Jessie Buckley, l'héroïne de Hamnet, n'avait plus qu'à faire de la place sur son étagère pour son Oscar de la meilleure actrice.

Le rebondissement de « Sinners »

Pour Jessie Buckley, rien ne semble avoir changé, mais pour le reste, depuis une quinzaine de jours, les certitudes volent en éclats. Le dimanche 1er mars, lors des Actor Awards – anciennement nommés SAG Awards, les prix décernés par le syndicat des acteurs – les victoires de Michael B. Jordan et de l'ensemble du casting (l'équivalent de leur meilleur film) pour Sinners ont totalement rebattu les cartes.

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Le film de Ryan Coogler serait-il en train d'opérer un retournement de situation ? Difficile à affirmer avec certitude… Le record de seize nominations accordé à Sinners sonnait déjà comme une petite victoire en soi. Jusqu'aux Actor Awards, les bookmakers ne lui accordaient qu'une ou deux statuettes, probablement pour le meilleur scénario original et la meilleure musique, mais guère plus. Sa cote ne cesse désormais de grimper, mais cela suffira-t-il à combler son retard sur Une Bataille après l'Autre ?

Le duel pour le meilleur acteur

Rien n'est moins sûr… Rappelons que, à l'exception de l'Actor Award, le film de Paul Thomas Anderson a tout raflé cette saison : Golden Globes, Critics Choice, PGA, DGA, WGA, et même le César du meilleur film étranger… absolument tout ! L'avance semble trop conséquente pour être rattrapée. En revanche, pour l'Oscar du meilleur acteur, la course est beaucoup plus ouverte et jouable pour Michael B. Jordan.

Quant à Timothée Chalamet, qui paraissait imbattable il y a quelques semaines, la donne a changé. Ses propos étranges sur le ballet ne devraient pas vraiment faire pencher la balance en sa défaveur – ils ont été révélés après la clôture des votes pour les Oscars. En revanche, la fatigue collective autour de la campagne intensive de Chalamet semble peser bien davantage.

L'acteur a été omniprésent durant ces quatre derniers mois. Et même s'il est extraordinaire dans Marty Suprême, son personnage ne véhicule pas une image sympathique suscitant l'empathie du public. C'est tout l'inverse du double rôle magistralement tenu par Michael B. Jordan dans Sinners.

Les espoirs du cinéma français

Les espoirs tricolores restent quant à eux essentiellement concentrés dans le destin du formidable Un simple accident de Jafar Panahi, qui représente la France dans la course à l'Oscar du meilleur film international. Mais il y a également le très réussi court-métrage Deux personnes échangeant de la salive, nommé cette année dans la catégorie du meilleur court-métrage de fiction.

Et aussi Papillon, un beau court-métrage sur le destin du nageur Alfred Nakache, survivant des camps, raconté à travers une animation sublime. L'animation, une grande fierté du cinéma français à l'étranger !

Enfin, toujours au rayon des productions françaises, deux longs-métrages d'animation concourent dans leur catégorie : Amélie et la Métaphysique des tubes, une adaptation craquante, intelligente et adorable du livre d'Amélie Nothomb sur ses toutes premières années au Japon. Présenté l'an dernier à Cannes puis au Festival d'Annecy, le film y a rencontré un triomphe à chaque fois ; et Arco d'Ugo Bienvenu, coproduit par Natalie Portman. Lui aussi a été présenté à Cannes puis à Annecy, où il a d'ailleurs remporté le Grand Prix.

Hélas, aussi splendides soient-ils, ces deux poulains tricolores ne sont pas les favoris de la course. Les cotes s'envolent surtout pour K-Pop Demon Hunters, qui mêle la K-pop coréenne à l'animation. C'est moins poétique que nos deux petits Frenchies, mais le film marche très fort sur Netflix. Et souvent, dans la catégorie animation, ce n'est pas nécessairement le meilleur film qui l'emporte, mais bien celui qui a été le plus vu par le public.