New York Connection : le polar oublié renaît en Blu-ray 4K
New York Connection renaît en Blu-ray 4K

C’est l’histoire d’une résurrection. D’un long-métrage que l’on croyait ne plus jamais revoir. En effet, quarante-six ans auront été nécessaires pour que New York Connection (Night of the Juggler en version originale) bénéficie enfin de la considération qu’il méritait. Mal distribué par Columbia Pictures, le film était sorti le 6 juin 1980 aux États-Unis sans aucune promotion dans quelques dizaines de salles tout au plus. Exploité en France sous deux titres, New York Connection puis Fort Bronx, il débarque chez nous au cinéma avec une interdiction aux moins de 18 ans le 13 août 1980 – soit juste une semaine avant l’arrivée de L’Empire contre-attaque sur les écrans. Avec seulement 50 800 spectateurs dans l’Hexagone, New York Connection sera hélas vite relégué aux oubliettes.

Un polar des années 80 enfin restauré

Ce polar sera diffusé ensuite le 3 janvier 1985 sur Canal+. Avant de totalement disparaître. Thriller américain dans son pur jus eighties, le film de Robert Butler était devenu invisible depuis sa lointaine sortie VHS. On le croyait perdu. Le voici enfin de retour en Blu-ray et en DVD chez l’éditeur Sidonis Calysta dans une magnifique copie restaurée en 4K. Et c’est une sacrée bonne nouvelle pour les amateurs de cinéma d’exploitation ! Nerveuse et efficace, cette série B est en effet une petite pépite à redécouvrir d’urgence. Le 4 septembre 2025, New York Connection a même été projeté à l’American Cinematheque de Los Angeles en présence de son acteur principal James Brolin (le père de Josh et le mari de Barbra Streisand) qui n’a pas caché sa joie. Une séance prestigieuse qui a redonné un coup de projecteur sur cette œuvre poursuivie par la poisse.

Course-poursuite non stop

Produit pour 6,5 millions de dollars par Arnold Kopelson, un ancien avocat qui fera ensuite fortune en finançant des films comme Platoon (1986), Le fugitif (1993), Chute libre (1993) et Se7en (1995), ce polar jouissif raconte une histoire simple : l’action se déroule sur vingt-quatre heures et débute à Central Park. Là, un dangereux sociopathe (Cliff Gorman, vu dans Que le spectacle commence de Bob Fosse) kidnappe par erreur une adolescente de 13 ans, la prenant pour la fille d’un riche promoteur immobilier. Le père de la victime du rapt (James Brolin), un ex-flic devenu camionneur après son divorce, se lance alors à leur poursuite dans les bas-fonds de New York. Pour avoir dénoncé autrefois ses anciens collègues corrompus, ce flic révoqué n’est pas vraiment aidé par la police pour mener son enquête et retrouver le psychopathe qui demande une rançon d’un million de dollars pour sa fille… qui fête son anniversaire le jour de son enlèvement !

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Le récit démarre sur les chapeaux de roues avec une course-poursuite effrénée de dix minutes qui voit le père de la jeune fille courir après son ravisseur à pied, en taxi et dans le métro. On est impressionné par l’énergie déployée par la mise en scène et le montage de cette longue séquence d’action, rapide et percutante, qui mérite à elle seule le visionnage du film par son intensité.

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C’est d’ailleurs sur le tournage de cette scène le 13 juin 1978 qu’un accident est survenu : dans l’une des prises le montrant en train de courir après la voiture du kidnappeur, le pied de James Brolin heurte un obstacle. Il perd l’équilibre et se fracture plusieurs orteils, ce qui provoque l’arrêt immédiat des prises de vues. Brolin se remet au bout de dix jours. Mais à l’issue de vingt-quatre jours de tournage, le réalisateur canadien Sidney J. Furie démissionne le 4 août 1978 pour différend artistique avec les producteurs. Départ qui lui valut d’être poursuivi en justice pour rupture abusive de contrat. On considère pourtant que Furie a réalisé au moins un tiers du film. Robert Butler est engagé pour le remplacer au pied levé le 16 août. Il a réalisé principalement des films familiaux et des comédies pour Walt Disney. Mais n’a aucune expérience dans le cinéma d’action. Il a en revanche une solide carrière à la télévision où il a signé des épisodes de La quatrième dimension, Les envahisseurs, Mission : Impossible, Kung Fu, Columbo et le pilote de Star Trek ! Butler terminera le film en utilisant une caméra ultra mobile et en provoquant, grâce à sa mise en scène tout en mouvement, un sentiment d’urgence. Fort Bronx confirme d’ailleurs que l’on ne peut pas tourner dans New York... sans faire un film sur New York.

Cinémas X, sex-shops et rats

Lors du tournage pendant l’été 1978, le maire démocrate de New York Ed Koch n’a pas encore redressé cette ville. Son successeur, le républicain Rudy Giuliani, y parviendra en imposant dans les rues une politique de « tolérance zéro » (sanction au premier délit même mineur) extrêmement stricte à partir de 1994. Le New York de Fort Bronx appartient donc définitivement à son époque : insalubre et infesté de rats. On y voit des cinémas porno, des peep-shows et des sex-shops sur la 42e Rue. C’est une métropole au bord de la faillite qui est minée par le chômage, la drogue, la délinquance, la pauvreté et l’insécurité (en 1975, elle croule sous une dette de treize milliards de dollars). Le film montre le délabrement économique, politique et sociétal de cette mégalopole à l’époque. C’est-à-dire moins de services publics, des effectifs de police en baisse, etc. Les sociétés immobilières qui ont fait de la spéculation et détruit des quartiers populaires comme le Bronx pour le reconstruire ensuite sont d’ailleurs au cœur de l’intrigue de ce polar social. En effet, le kidnappeur du film, ruiné, ne peut plus payer ses impôts fonciers. Il veut prendre sa revanche sur les riches hommes d’affaires qui ont revendu une fortune des terrains bon marché comme le quartier sud du Bronx où il réside. Un territoire en ruines, mal famé et saturé d’immeubles délabrés. Une jungle urbaine qui devient le terrain de jeu de ce thriller qui ne lésine pas sur l’action. Dans un rôle très physique, James Brolin se donne à fond et se castagne avec la moitié du casting dont un gang de Portoricains particulièrement coriace. La star de Mondwest (1973), Enfer mécanique (1977), Capricorn One (1978) et Amityville, la maison du diable (1979) trouve ici l’un de ses meilleurs rôles !

Les suppléments

Côté interactivité, cette édition propose près de 70 minutes de bonus avec une bonne présentation du film par Olivier Père, le directeur d’Arte France cinéma (25 minutes). Une amusante interview de James Brolin (14 minutes) et une autre de l’actrice latino Julie Carmen (14 minutes) qui joue la douce Maria, la jeune employée d’un chenil qui vient en aide au héros. Psychothérapeute diplômée, la comédienne raconte que Quentin Tarantino, fan du film, s’est souvenu d’elle et l’a engagée pour jouer un rôle important dans un épisode de la série Urgences qu’il a réalisé en 1995 (« Je n’ai même pas eu à auditionner ! »). On trouve enfin un petit supplément sur le travail du cinéaste Sidney J. Furie sur Fort Bronx (14 minutes). Hautement recommandé.

New York Connection © 1980 BY GCC FILMS. INC. ALL RIGHTS RESERVED. New York Connection – Fort Bronx. 24,99 € le combo Blu-ray / DVD avec un livret de 24 pages écrit par Marc Toullec. Sidonis Calysta. Disponible.