Mimosa Effe fait du polar une arme politique lors du FIRN
Mimosa Effe : le polar comme arme politique au FIRN

« Je veux que ce roman mette en colère et que l’on arrête de faire semblant » : c’est avec cette déclaration percutante que Mimosa Effe a marqué la balade littéraire du Festival international du roman noir (FIRN), ce samedi 13 juin. L’autrice a arpenté les rues de La Peyrade, transformant le polar en une véritable arme politique.

Une balade littéraire engagée

Organisée par le FIRN, cette promenade a permis aux participants de suivre Mimosa Effe dans les pas de Joan, l’héroïne de son dernier roman, Dernier recours. Joan est une jeune femme brisée par un système qui l’a poussée à bout, reflet des tensions qui traversent les cités ouvrières. L’auteure a choisi de situer l’intrigue à Rosny-sous-Bois, en Seine-Saint-Denis, un territoire qu’elle connaît bien pour y avoir vécu et enseigné le français. « Rosny-sous-Bois ne se résume pas à la violence et au trafic de drogue. Il y a aussi beaucoup de solidarité entre les habitants », insiste-t-elle.

Le polar comme outil politique

Influencée par Jean-Pierre Manchette et Dominique Manotti, Mimosa Effe a fait du roman noir un vecteur de contestation. « C’est un genre populaire, qui permet de poser des questions politiques importantes », explique-t-elle. Et elle ne mâche pas ses mots : « La politique française à l’égard des cités est terrible. Elle ne s’appuie que sur la ghettoïsation des quartiers populaires et les inégalités d’accès au logement, aux services publics et à l’emploi. Ces dernières années, c’est une politique raciste qui s’y déploie, avec une montée du fascisme qui s’instille dans les institutions et finit par gagner l’esprit des individus. »

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Un héritage familial de résistance

Le mot « fascisme » n’est pas employé à la légère. Il était déjà présent dans son premier roman, Les traîtres, et refait surface dans Dernier recours. « Nous sommes dans un moment charnière dans la politique française. Il est difficile de ne pas voir le fascisme partout comme de ne pas remarquer sa banalisation », analyse l’écrivaine. Cette sensibilité s’ancre dans son histoire familiale : sa grand-mère, résistante durant la Seconde Guerre mondiale, a été déportée à Ravensbrück. « C’est un héritage que l’on a beaucoup porté dans ma famille et que l’on porte encore », confie-t-elle.

Donner voix aux classes populaires

Au-delà de son engagement, Mimosa Effe résiste par les mots, en donnant la parole aux milieux populaires dont elle est issue. À travers l’histoire de Joan, elle fait entendre une polyphonie de voix et une « sainte colère », tout en rappelant que les conflits de classe, bien que souvent occultés, demeurent bien réels. « Je veux que ce roman mette en colère et que l’on arrête de faire semblant. C’est possible de construire un autre monde, un monde où les gens s’émancipent », conclut-elle.

Dernier recours, éditions Nouveau Monde, 2025, 9,90 €.

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