Max Ernst, un artiste indocile face à la montée du fascisme : un documentaire sur Arte
Ce film captivant, intitulé « Max Ernst - Le surréaliste et le monstre fasciste », retrace le parcours tumultueux de ce pionnier du mouvement dada et du surréalisme. Diffusé à l'occasion du cinquantenaire de sa mort, survenue le 1er avril 1976, il offre un regard approfondi sur sa vie et son œuvre, marquées par l'effondrement d'un monde. Ce documentaire est à découvrir ce soir à 17h45 sur Arte, réalisé par Anne Sogno et publié le 29 mars 2026.
L'internement cruel et absurde de Max Ernst
En 1940, Max Ernst est interné au camp des Milles, près d'Aix-en-Provence, avec environ 3 000 réfugiés allemands et autrichiens considérés comme « sujets ennemis » par la France. Cette situation est d'autant plus cruelle que la plupart de ces individus sont des opposants au régime nazi. À 49 ans, l'artiste, installé en France depuis dix-huit ans et marié en secondes noces avec Marie-Berthe Aurenche, subit une injustice profonde.
Avant la Première Guerre mondiale, le jeune Max Ernst, élevé en Rhénanie dans une famille catholique stricte, aspire à la liberté et rêve de conquérir le monde de l'art. Il rejette les obligations sociales et se sent attiré par ce que les théologiens appellent « les trois sources du mal » : la convoitise des yeux, la convoitise de la chair et l'orgueil de la vie. Il en profitera avec avidité tout au long de sa vie.
L'évolution artistique et l'engagement surréaliste
Après avoir servi quatre années sur le front ouest et dans un régiment d'artillerie en France, son regard bleu, décrit comme un « mélange d'insouciance enfantine et de supériorité ironique », s'assombrit. Initialement influencé par les expressionnistes, son travail exprime désormais l'effondrement d'un monde « vanté comme beau et vrai, dans un abîme de ridicule et de honte ». Il expliquera plus tard que ses œuvres, notamment ses collages, avaient pour but « non pas de plaire mais de faire hurler », détournant les nouvelles technologies militaires dans un esprit dada.
À Paris, au début des années 1920, il rejoint l'aventure artistique, sociale et politique des surréalistes, formant même un ménage à trois avec Paul Eluard et Gala. Il expérimente des techniques innovantes comme le frottage, s'essaie au cinéma avec Buñuel et publie un roman-collage, manifeste critique de la société bourgeoise.
Les œuvres prémonitoires et l'exil
À partir de 1935, Max Ernst entame la série des « Barbares », où des toiles enduites de plusieurs couches grattées révèlent des hordes de créatures violentes. En 1937, après le bombardement de Guernica, il réalise « l'Ange du foyer », une allégorie puissante du franquisme. Cette figure monstrueuse, qui anéantit tout sur son passage, préfigure la barbarie à venir, celle que Max Ernst fuira en s'exilant à New York en 1941.
Ce documentaire de 52 minutes, réalisé par Christian Buckard et Daniel Guthmann en 2026, est disponible en replay sur Arte.tv. Il offre une plongée essentielle dans la vie d'un artiste indocile, dont l'œuvre reste un témoignage poignant des tumultes du XXe siècle.



