Lucky Luke sur Disney+ : une adaptation western qui peine à convaincre
Confessons-le d'emblée : nous étions modérément enthousiastes à l'annonce de l'adaptation en série live action des aventures de Lucky Luke, que Disney+ a dégainée le 23 mars dernier. Sans doute parce que jusqu'à présent, le poor lonesome cow-boy créé par Morris il y a 80 ans ne s'est pas franchement distingué par sa télé, ou plutôt, sa cinégénie. Ni Terence Hill, ni Jean Dujardin, qui l'ont respectivement incarné au cinéma en 1991 et 2009, ne sont parvenus à lui rendre justice.
Difficile en effet de restituer à l'écran le flegme et l'humour parodique de cet as de la gâchette, dont Goscinny a longtemps coscénarisé la destinée. N'est pas Alain Chabat qui veut… Armée de notre bonne volonté, nous avons pourtant décidé de ne pas zapper plus vite que notre ombre et de donner une chance à cette nouvelle mouture, imaginée par Mathieu Leblanc et Thomas Mansuy.
Une histoire originale pour concilier hommage et réinvention
Le duo, déjà à la manœuvre sur Panda, Belphégor et prochainement sur Astérix, le royaume de Nubie, a choisi de développer une histoire originale plutôt que de se frotter à un album en particulier. Une façon revendiquée de concilier hommage et réinvention.
C'est donc un Lucky Luke vieilli et un poil désabusé que l'on rencontre à quelques secondes d'un énième duel : amoindrie par une vilaine morsure de serpent à la main, la légende de l'Ouest ne doit la vie sauve qu'à Louise, une jeune fille intrépide à la recherche de sa mère mystérieusement disparue.
Histoire de payer sa dette et de la protéger des desperados, le justicier plus vraiment solitaire accepte de l'aider dans sa quête. Ils croiseront sur leur route de vieux ennemis, des alliés inattendus, le président des États-Unis… et leurs traumatismes enfouis. Avant de s'éloigner nonchalamment au soleil couchant, ils déjoueront même un complot.
Une forme réussie mais un contenu inégal
Un programme chargé déroulé sur huit épisodes… inégaux. Rien à dire sur la forme : tournée dans les studios à ciel ouvert d'Almeria, en Espagne, et baignée par une lumière éclatante, la série réussit à retranscrire l'ambiance western de la BD. Elle vise aussi dans le mille côté interprétation : Alban Lenoir se glisse crânement dans les bottes du célèbre cow-boy même s'il se fait voler la vedette par Jérôme Niels et Camille Chamoux, irrésistibles dans les peaux – tannées – d'un Joe Dalton amnésique et d'une Calamity Jane cynique.
On leur doit les meilleurs moments, et les meilleures répliques, de l'aventure, qui mise sur l'humour absurde, façon cartoon, et les anachronismes. Problème : les gags ratent trop souvent leur cible pour tomber piteusement à plat. Gênant. Tout aussi fâcheux, le retard à l'allumage et le rythme inconstant de cette chevauchée télévisée, surtout quand elle s'égare dans le passé traumatique, et larmoyant, du héros pour l'humaniser.
Un bilan mitigé qui invite à retourner aux sources
Pour le dire autrement : on s'ennuie parfois gentiment. Au final, le bilan est mitigé : cette libre adaptation est à moitié réussie, voire à moitié ratée. Faites votre choix ! Le nôtre ? Relire les BD !
Lucky Luke, saison 1 (Disney+). De Mathieu Leblanc et Thomas Mansuy, avec Alban Lenoir, Billie Blain, Jérôme Niel, Camille Chamoux… 8 x 30 minutes.



