« Le Fleuve de la mort » : un Buñuel méconnu qui préfigure Almodóvar
« Le Fleuve de la mort » : un Buñuel méconnu et recommandable

« Le Fleuve de la mort » : redécouverte d'un Buñuel méconnu

Le film « Le Fleuve de la mort » de Luis Buñuel, sorti en 1954 au Mexique, bénéficie d'une ressortie en salles ce 1er avril 2026. Cette œuvre, interprétée par Columba Dominguez, Miguel Torruco et Joaquin Cordero, dure 1 heure 32 minutes et constitue une pièce intéressante, bien que méconnue, de la filmographie du maître surréaliste.

Une critique acerbe du machisme et de la vengeance

Adapté d'un roman de Miguel Alvarez Acosta, le récit entremêle les destins de deux familles, les Anguaino et les Menchaca, dans un village rural mexicain. Le scénario dépeint un cycle infernal de vendettas qui se transmettent de génération en génération, jusqu'à ce qu'un jeune homme, parti étudier en ville pour devenir médecin, refuse de perpétuer cette tradition mortifère.

Buñuel y livre une critique frontale du culte machiste de la vengeance et du meurtre, profondément ancré dans certaines cultures latino-américaines. Une réplique du film résume cette position : « il faut être très courageux pour accepter de passer pour un lâche ».

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Une mise en scène qui interroge

La présentation du film au Festival de Venise avait provoqué des sourires, notamment en raison de la manière très anecdotique dont Buñuel met en scène les meurtres. Le réalisateur expliqua que son objectif était d'illustrer « la facilité avec laquelle on peut assassiner son prochain ».

L'œuvre contient peu d'éléments surréalistes typiques de Buñuel, si ce n'est la présence obsédante et magnifiquement filmée du fleuve, représenté comme une malédiction et une allégorie de la mort en flux continu.

Un héritage qui annonce Almodóvar

Par son ton mélodramatique, sa galerie de beaux mâles et de femmes souveraines, et son regard contrasté sur l'impulsivité populaire et la sophistication bourgeoise, ce film didactique évoque déjà l'univers de Pedro Almodóvar. C'est un éloge de l'éducation et du savoir comme moyens de conjurer les traditions violentes qui décimaient les classes populaires.

Cette œuvre rappelle surtout que derrière l'image d'un Buñuel absurde, provocateur et transgressif, se cachait un cinéaste habité par une éthique morale exigeante et une haute idée de l'existence humaine. Bien qu'il ne figure pas parmi ses chefs-d'œuvre absolus, « Le Fleuve de la mort » (parfois identifié sous le titre « Le Rio de la mort ») demeure une pièce tout à fait recommandable pour comprendre l'étendue de son travail et son influence.

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