« La Vénus électrique » : une comédie électrisante de Pierre Salvadori
« La Vénus électrique » : comédie électrisante

La réussite d’un film de Pierre Salvadori, cet alchimiste de la comédie, tient d’un fragile alliage entre horlogerie scénaristique, tempéraments en présence et finesse d’exécution qui n’a peut-être jamais été aussi harmonieux que dans la Vénus électrique.

Une idée originale venue d’un petit rôle

L’idée est venue au cinéaste de son petit rôle dans Planetarium, de Rebecca Zlotowski, où, metteur en scène durant l’Occupation, il filmait l’histoire d’un veuf s’amourachant de la médium par l’intermédiaire de laquelle il communiquait avec sa défunte épouse. Exit les salons sous Vichy, place au Paris populaire des Années folles. Quant au transfert amoureux post-mortem, le voici revêtu des oripeaux si salvadoriens du mensonge et de l’escroquerie.

Un scénario savamment orchestré

Chair à attraction foraine qui monnaie ses baisers au public et simule le coup de foudre – qu’elle prend pour de bon, d’où son surnom de « vénus électrique » –, Suzanne (Anaïs Demoustier) se fait passer pour une extralucide auprès d’un peintre ivre mort (Pio Marmaï) en deuil de sa muse (Vimala Pons). Croyant renouer avec elle, celui-ci raccroche la bibine et reprend le pinceau. Une aubaine pour son marchand d’art (Gilles Lellouche), qui soudoie Suzanne afin qu’elle entretienne la flamme. Point de départ d’une supercherie qui prend des proportions folles et vire à la ronde amoureuse entre passé et présent.

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Un univers salvadorien toujours aussi savoureux

Rien ne change, au fond, dans le petit monde de Salvadori, ballet alcoolisé d’écorchés borderline, où tout le monde se vend, l’amour est à double tranchant et la fiction sauve. Mais le réalisateur des Apprentis et d’En liberté ! a-t-il déjà été plus inspiré, comme boosté par le gain de fantaisie qu’offre l’ancrage dans le passé et parmi des saltimbanques, lui-même se trouvant à la jonction du cirque (burlesque) et de la peinture (des sentiments) ?

Une mécanique scénaristique habile

La mécanique du scénario épuiserait si elle ne glissait d’un point de vue à un autre, faisant de la question du regard et des rapports d’attirance et d’assujettissement entre artistes et modèles, au centre de #MeToo, un fabuleux terrain de mise en scène et de jeu pour les acteurs, au diapason. Leurs langues fourchent et leurs corps, comme les affects de leurs personnages, boitent, chutent, se tordent, leur échappent.

Un plaisir physique et électrique

Lourd programme pour une comédie qui, pourtant, virevolte jusqu’à procurer un plaisir physique. Electrique.

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