La Caravane de feu : John Wayne, mythe fatigué face au crépuscule du western
La Caravane de feu : John Wayne et le crépuscule du western

La Caravane de feu : John Wayne face au crépuscule du western classique

Dans La Caravane de feu, John Wayne avance comme une silhouette venue d'un autre âge. Nous sommes en 1967, le western classique vacille sur ses bases, et l'acteur, alors sexagénaire, ne joue plus vraiment : il se contente d'être John Wayne, point final. Le film de Burt Kennedy, avec son braquage de diligence blindée, coche toutes les cases du divertissement efficace, même s'il apparaît désormais bien désuet. Le western est fatigué, ses personnages masculins stéréotypés aussi.

Un mythe qui commence à douter de lui-même

La Caravane de feu, diffusé ce soir sur Arte, ce n'est pas seulement l'histoire d'un homme déterminé à récupérer l'or qu'on lui a volé. C'est surtout le récit d'un mythe qui commence à douter de lui-même après s'être regardé dans le miroir. Ils sont loin, ces mardis soir de notre enfance où FR3 déversait en soirée son lot de westerns, plus ou moins familiaux, les bons comme les mauvais, les oubliés comme les cultes.

Des soirées placées sous le sceau des Gary Cooper, des Burt Lancaster, des Alan Ladd et des James Stewart, autant de figures récurrentes sur lesquelles semblait régner en maître l'implacable John Wayne. À cette époque, on ne regardait plus un western, on regardait un John Wayne. La Caravane de feu appartient à cette catégorie de films avalés distraitement, entre deux regards parentaux plus souples. Ni bon, ni mauvais, mais sonnant le glas d'un cinéma déjà passablement démodé.

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Le choc des époques : Wayne face à Douglas

Face à John Wayne, Kirk Douglas injecte du mouvement, de l'ironie, une pincée de modernité presque trop nerveuse. Leur duo souligne un décalage générationnel évident. John Wayne avance, massif, fidèle à une ligne morale de bon aloi ; Kirk Douglas, lui, improvise, sourit en coin, se joue des codes et flirte avec les prostituées. Sur le tournage, dit-on, les deux hommes s'entendaient à merveille, plaisantaient comme deux vétérans conscients d'être déjà des monuments.

À l'écran pourtant, cette complicité se transforme et offre la vision de deux époques qui cohabitent, sans jamais vraiment se rejoindre. Autour d'eux gravite une constellation d'acteurs qui raconte, à elle seule, la fin d'un Hollywood poussiéreux. Bruce Cabot, fidèle parmi les fidèles depuis King Kong, incarne cette vieille garde solide, ces seconds rôles qui ont bâti l'âge d'or sans jamais parvenir à en être les figures centrales.

Une ribambelle de gueules du cinéma en transition

Keenan Wynn, visage familier du cinéma américain, apporte une rugosité triviale d'un autre temps, qui semble vouloir nous rappeler que le western a aussi été peuplé de gueules. Le sympathique Howard Keel, alors plus connu pour ses comédies musicales gentiment exotiques, donne vie à un Indien d'opérette. Quant à Robert Walker Jr., plus jeune, il introduit une violence moins codifiée, certes plus contemporaine, qui ne parvient pourtant jamais à assumer l'héritage d'un James Dean.

Le film lui-même porte cette contradiction fondamentale. Sur le papier, tout y est : une équipe bricolée, une mission impossible, des trahisons en cascade. Mais la mécanique du casse patine, et le dénouement n'a même pas l'heur de se faire attendre. Car on ne l'attend pas ; ou alors juste d'un œil distrait, plus captivés que nous sommes par le spectacle de ce cinéma qui se meurt.

Un paysage masculin et des femmes cantonnées

Dans ce paysage très masculin, la place des femmes apparaît, elle aussi, famélique. Joanna Barnes, vue dans Spartacus de Stanley Kubrick, y tient l'un des rares rôles féminins, mais elle reste cantonnée à une fonction purement décorative. Comme pour nous rappeler que le western est avant tout une affaire d'hommes. Un message qui sent déjà la naphtaline à l'heure où Le Lauréat s'apprête à triompher sur les écrans, imposant un tout autre récit de l'Amérique.

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John Wayne, affaibli mais obstiné

Ce qui frappe surtout, c'est John Wayne qui semble pour la première fois n'être que sa propre caricature. À cette époque, affaibli par la maladie - il vient de subir l'ablation d'un poumon après qu'on lui a diagnostiqué un cancer -, il continue de tourner avec une obstination remarquable. Il sait que le public ne vient pas voir un personnage, mais un mythe, immuable, quasi rassurant.

Même s'il accepte, par moments, de sortir des terrains balisés, en jouant la carte de l'humour face à Kirk Douglas, il ne quitte jamais ses bottes de géant du cinéma d'après-guerre. Dans La Caravane de feu, son personnage essaie de composer, il ruse, s'écarte de la loi sans jamais vraiment la renier. Il ne représente plus un ordre clair, mais une forme de survie dans un univers incertain avec lequel il est bien obligé de faire des compromis.

Le crépuscule d'une icône

Si on est encore très loin du cow-boy déconstruit, John Wayne incarne désormais, malgré lui, le crépuscule de ce qu'il a incarné pendant des décennies. Dans la poussière de cette caravane, entouré de vieilles gloires et de figures de transition, il marche encore. Et derrière lui, c'est tout un cinéma qui s'éloigne lentement, inexorablement. Au final, le film reste attachant, témoignage poignant d'une époque révolue.

La Caravane de feu (The War Wagon) de Burt Kennedy. Avec John Wayne, Kirk Douglas, Howard Keel, Robert Walker Jr., Keenan Wynn, Bruce Cabot, Joanna Barnes, Valora Noland, Bruce Dern, Gene Evans, Terry Wilson. À voir sur Arte à 21 heures.