Johnny Hallyday et Jim Morrison : l'amitié rock et alcoolisée du printemps 1971 à Paris
Johnny Hallyday et Jim Morrison, amis rockeurs à Paris en 1971

Une amitié improbable entre deux icônes du rock

Johnny Hallyday et Jim Morrison, copains parisiens au printemps 1971, se retrouvant régulièrement pour vider des verres et refaire le monde... Ce tandem surprenant a pourtant bien existé, comme le confirme Yves Bigot dans son dernier ouvrage Strange Days à Paris, consacré à la fin de vie du leader des Doors.

L'exil parisien de Jim Morrison

En mars 1971, Jim Morrison quitte les États-Unis, fuyant à la fois un procès pour exhibitionnisme et cherchant à retrouver l'inspiration. L'étiquette de rock star lui pèse désormais ; il aspire à devenir écrivain, poète, ou même cinéaste reconnu. Paris, capitale de la Nouvelle Vague, l'attire irrésistiblement. Fan de François Truffaut et ami d'Agnès Varda rencontrée à Los Angeles, il voit en la Ville Lumière le berceau des arts, de la littérature et de tous les possibles.

Il s'installe dans un grand appartement bourgeois rue Beautreillis, accompagné de sa compagne Pamela Courson, une junkie sous l'emprise de son amant et dealeur, le jeune comte Jean de Breteuil. Ses journées parisiennes se partagent entre sorties, promenades, séances de cinéma, discussions avec Agnès Varda et l'écriture dans ses grands cahiers jaunes à spirale.

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Le Rock'n Roll Circus, QG des nuits parisiennes

Le chanteur de 27 ans aime flâner dans le centre historique, boire une bière devant Notre-Dame ou partager un verre de rouge avec les clochards des quais. Mais c'est au Rock'n Roll Circus, au 57 rue de Seine, qu'il trouve son véritable quartier général. « C'était à l'époque “the place to be”, explique Yves Bigot, le club le plus couru d'Europe où se pressaient toutes les célébrités. » Mick Jagger, Brigitte Bardot, Alain Delon, les Pink Floyd, Frank Zappa ou encore Michel Polnareff y défilaient.

Musique, alcool, drogue et drague : il y en avait pour tous les goûts. On pouvait même y dîner dans un coin restaurant, légèrement à l'écart de la scène où se produisaient des groupes. C'est dans ce temple du rock que Jim Morrison va croiser la route de Johnny Hallyday, habitué des lieux et grand admirateur des Doors.

La rencontre et la complicité immédiate

En 1971, Johnny a 28 ans et une belle carrière déjà derrière lui. Mais son mariage avec Sylvie Vartan l'étouffe ; il se cherche et s'oublie dans les excès. « C'est vraisemblablement le gérant du club Sam Bernett qui les a présentés, poursuit Yves Bigot. Et comme ils aimaient bien tous les deux picoler... » Jim Morrison ne parle pas français, mais Johnny maîtrise bien l'anglais. Surtout, le rockeur français est souvent accompagné de Paul Gégauff, scénariste et comédien de la Nouvelle Vague, qui écrit pour Éric Rohmer et Claude Chabrol et loge alors chez Johnny. Morrison, qui rêve de cinéma et reçoit à cette époque le premier scénario de Platoon, ne peut qu'être intéressé.

Johnny trouve vite en Morrison un compagnon de biture à sa mesure. Ils ont même chacun une chambre à L'Hôtel de la rue des Beaux-Arts, situé à deux pas. On les croise souvent attablés au Circus, dévorant un chili con carne ou sifflant des bouteilles, quand ils ne mettent pas le feu au club en renversant les tables ou en sautant comme des cabris sur les coussins des canapés.

Des nuits blanches et des secrets emportés

« On y passait la nuit, jusqu'à la fermeture, à sept heures du matin, a confié un jour Johnny. Jim et moi. On se retrouvait sur le trottoir, un verre de whisky dans la main, deux Mandrax dans l'autre. Mais il parlait peu, il n'y arrivait plus. Il marmonnait dans sa barbe, grommelait comme un fauve de sa voix très grave. À un moment donné, il se levait et disparaissait, je ne sais où jusqu'au lendemain soir. Mais ce type écrivait des textes et des chansons incroyables... »

Morrison n'aura pas le temps de récrire sa vie. Le 3 juillet 1971, il succombe à une crise cardiaque dans les toilettes du Circus. Dans son livre, Yves Bigot mène l'enquête, démêle le vrai du faux et interroge plusieurs sources, dont Sam Bernett. Ce dernier confirme que deux dealeurs ont sorti discrètement le corps de la boîte pour le ramener rue Beautreillis et le placer dans un bain chaud, avant l'arrivée des pompiers.

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Le chanteur a-t-il été victime d'une overdose ? « Il n'a pas pris d'héroïne à Paris, explique le journaliste, il détestait ça, mais il était allé en chercher au Circus pour Pam, sa compagne. En revanche, il souffrait de rhumatisme articulaire, comme me l'a confirmé le guitariste des Doors Robby Krieger, une maladie qui peut avoir des conséquences très graves. A-t-il aussi trop forcé sur la boisson ce soir-là ? On ne peut pas l'exclure. Seule une autopsie aurait pu apporter des réponses, mais l'enquête a été bâclée, les flics voulaient vite partir en vacances... » Morrison a emporté ses secrets dans la tombe.

Jim Morrison, Strange Days à Paris, par Yves Bigot, éditions Le mot et le reste, 19 euros.