John Badham honoré par la Cinémathèque française : hommage à un artisan du cinéma hollywoodien
John Badham honoré par la Cinémathèque française

John Badham célébré à la Cinémathèque française : un hommage mérité

La semaine dernière, le réalisateur britanno-américain John Badham, âgé de 86 ans, a été reçu pour la première fois par la Cinémathèque française à Paris. Cet événement s'inscrit dans le cadre de la 13e édition du Festival de la Cinémathèque, où l'artiste a présenté plusieurs séances et animé une carte blanche. Cette reconnaissance est significative pour un homme longtemps sous-estimé par la critique.

Le tapis rouge déroulé par la Cinémathèque à l'auteur de La Fièvre du samedi soir peut surprendre, mais il est pleinement justifié. John Badham n'a jamais écrit officiellement les scénarios de ses films et n'a pas produit d'œuvres culte pour les cinéphiles, à l'exception peut-être de son classique Dracula. Il n'est ni Martin Scorsese, ni Francis Ford Coppola, ni Michael Cimino, et ne l'a jamais prétendu.

Pourtant, entre les années 1970 et 2000, en humble et solide artisan, notoirement doué pour la direction d'acteurs, ce brillant technicien a souvent été appelé à la rescousse par Hollywood pour sauver des productions en péril. Son éclectisme lui a permis de toucher à tous les genres sans autre prétention que de divertir les foules avec panache.

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Une carrière riche et diversifiée

John Badham a réalisé dix-sept longs-métrages, dont les thrillers Tonnerre de feu, WarGames et Étroite Surveillance, considérés comme ses plus belles réussites. Sa filmographie inclut également les drames C'est ma vie, après tout ! et Le Prix de l'exploit, ainsi qu'une quantité astronomique de séries télévisées. Sa carrière est celle d'un touche-à-tout impossible à cataloguer.

Diplômé de Yale, il a commencé au département courrier du studio Universal, est devenu guide des visites touristiques des studios de la Major, et a surtout fait ses armes à la télévision américaine pendant cinq ans. Il a réalisé de nombreux épisodes de séries comme Les Rues de San Francisco, Kung Fu, Police Story, Night Gallery et Cannon, apprenant à travailler vite et en privilégiant l'efficacité.

Le succès de La Fièvre du samedi soir

En 1977, son second long-métrage, La Fièvre du samedi soir avec John Travolta, a conquis la tête du box-office et reste à ce jour son film le plus célèbre. Le film, souvent perçu comme un divertissement joyeux, est en réalité un drame social peinture d'un milieu italo-américain taraudé par la religion. Badham a abordé ce projet avec une approche documentaire, cherchant à capturer l'authenticité des jeunes de Brooklyn.

Lors d'un entretien avec Le Point, John Badham a partagé ses souvenirs sur sa carrière. Il a évoqué ses influences, dont Ingmar Bergman et Orson Welles, et a modestement répondu à la question de savoir s'il se considérait comme un auteur. « Je sais que je suis un réalisateur. Mais un auteur, je ne sais pas. Ça peut paraître un peu prétentieux », a-t-il déclaré, citant la modestie de John Ford.

Les défis et les réussites

Badham a également discuté des défis rencontrés lors du tournage de La Fièvre du samedi soir, notamment le langage cru et les thèmes sociaux qui ont choqué à l'époque. Il a expliqué comment le producteur Robert Stigwood l'a protégé, lui offrant une liberté totale. Le film, réalisé avec un minibudget de 3,5 millions de dollars, a fini troisième au box-office américain en 1977, derrière La Guerre des étoiles et Rencontres du troisième type.

Après ce succès, Badham a enchaîné avec Dracula en 1979, mettant en scène Frank Langella dans un rôle sensuel et menaçant. Malheureusement, le film a été éclipsé par la parodie Le Vampire de ces dames sortie la même année. Badham a également réalisé C'est ma vie, après tout ! en 1981, un drame sur l'euthanasie avec Richard Dreyfuss, salué pour son absence de larmoiement facile.

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Une trilogie high-tech visionnaire

Dans les années 1980, Badham a tourné coup sur coup Tonnerre de feu, WarGames et Short Circuit, formant une trilogie high-tech qui anticipe les dangers de la technologie et de la société sécuritaire. WarGames a même impressionné le président Ronald Reagan, conduisant à la première directive fédérale américaine en matière de cybersécurité.

Badham a partagé des anecdotes sur ces films, comme la réécriture controversée du dernier acte de Tonnerre de feu et le style visuel magnifique dû à la photographie de John A. Alonzo. Il a aussi évoqué Étroite Surveillance en 1987, avec Richard Dreyfuss et Emilio Estevez, et Meurtre en suspens en 1995, dont le concept de temps réel a inspiré la série 24 Heures chrono.

Un héritage durable

Interrogé sur son appartenance à une tradition de réalisateurs considérés comme des « faiseurs », tels que Robert Wise ou George Roy Hill, Badham a exprimé sa fierté et son honneur. « J'adore tous ces réalisateurs, j'ai même été ami avec certains d'entre eux. Et je serais fier et très honoré si je pouvais faire partie de ce groupe », a-t-il conclu.

Cet hommage de la Cinémathèque française souligne l'importance de John Badham dans l'histoire du cinéma hollywoodien, célébrant un artisan dont l'œuvre a diverti des générations de spectateurs tout en abordant des thèmes sociaux et technologiques visionnaires.