Gosford Park : l'ironie d'Altman sur l'aristocratie britannique
En 2002, Robert Altman, le réalisateur américain iconoclaste connu pour ses œuvres révolutionnaires comme M*A*S*H et Nashville, surprend la critique avec Gosford Park. Ce film élégant et raffiné, très éloigné de son style habituel, marque son premier incursion dans le cinéma d'époque et sa première délocalisation en Angleterre. À près de 80 ans, Altman porte un regard ironique et acéré sur la société britannique de l'entre-deux-guerres, dévoilant les rapports de classes avec un humour ravageur.
Un film choral et polyphonique
Altman, spécialiste du film choral, entrelace avec fluidité les destins d'une trentaine de personnages dans cette œuvre polyphonique. Qu'il explore le monde de la musique country ou celui du cinéma, il excelle à mettre en scène une multitude de caractères. Dans Gosford Park, il dépeint la vie d'un manoir aristocratique en novembre 1932, où sir William et Lady Sylvia organisent une partie de chasse. Les étages supérieurs abritent les maîtres et leurs invités snobs, tandis que les domestiques s'activent en cuisine et dans les couloirs, guidant le spectateur à travers une hiérarchie stricte.
Scénario et influences
Le scénario, écrit par Julian Fellowes – futur créateur de Downton Abbey –, remporte l'Oscar du meilleur scénario original en 2002, devançant des concurrents sérieux comme Le Fabuleux Destin d'Amélie Poulain. L'histoire bascule lorsqu'un crime est commis : sir William est retrouvé poignardé et empoisonné, transformant le film en un huis clos policier à la Agatha Christie. Tous les invités ont des motifs, mais l'inspecteur de police, joué par Stephen Fry, se révèle inepte, laissant place à la révélation progressive de secrets.
Le film évoque La Règle du Jeu de Jean Renoir, offrant une peinture acide de l'aristocratie en déclin. Altman, en misanthrope, observe ce monde avec une ironie mordante, soulignant le caractère désuet de l'empire britannique. Financé par des capitaux européens et tourné aux Studios de Shepperton, le film bénéficie d'une scénographie remarquable.
Un casting d'exception
Gosford Park réunit la crème des acteurs britanniques, dont Maggie Smith, Helen Mirren, et Kristin Scott Thomas. Dans une interview à Paris Match en 2002, Altman explique leur supériorité : leur éducation leur apprend à cacher leurs émotions, résultant en une tenue et une subtilité rares. Ce casting parfait contribue à faire du film un chef-d'œuvre, récompensé par le Golden Globe du meilleur réalisateur.
Parfaitement joué, réglé et dialogué, Gosford Park est sans doute le dernier grand œuvre d'Altman, une visite incontournable pour les amateurs de cinéma intelligent et satirique.