Dominique Segall : les confidences d'un attaché de presse incontournable à Cannes
Dominique Segall : les confidences d'un attaché de presse

Cette année encore, Dominique Segall promène sa silhouette sur la Croisette. Discrète, mais attentive. Toujours là pour soutenir un film dont il assure la promotion auprès des médias, même si s'exposer aux spotlights du tapis rouge n'est pas son rituel favori. « J'accepte de le fouler exceptionnellement, mais les attachés de presse sont plutôt des gens de l'ombre, un peu comme des marionnettistes », confie-t-il depuis sa chambre de l'hôtel Gray d'Albion.

Un vétéran du Festival

Qu'importe, ce « Monsieur cinéma made in France » est bien présent pour accompagner Garance (avec Adèle Exarchopoulos et Sara Giraudeau) en compétition, ou le nouveau film de Daniel Auteuil, La troisième nuit. « C'est mon 46e Festival et j'ai eu jusqu'à cinq films en sélection durant certaines éditions ! », revendique celui qui a connu l'ancien Palais des festivals mais n'envisage toujours pas la retraite, à 75 ans.

« Cannes reste la plus belle exposition au monde pour un film, d'autant que Thierry Frémaux a multiplié les sélections pour l'ouvrir aussi à des films plus populaires, qui n'auraient pas leur place en compétition. »

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Le cinéma comme divertissement intelligent

Dominique Segall boxe plutôt dans la catégorie « grand public ». Les trois Mousquetaires, Le Comte de Monte-Cristo (projetés à Cannes), et bientôt Les Misérables (avec Vincent Lindon, Tahar Rahim, Camille Cottin et Benjamin Lavernhe) ou Fantomas (avec Guillaume Canet et Romain Duris) ont été confiés à son équipe. Des films d'époque au casting choc, ou de franches comédies comme Les Visiteurs, Le dîner de cons ou Bienvenue chez les Ch'tis. Mais aussi des œuvres d'auteurs, pourvu qu'elles interpellent et ravissent le spectateur.

« Le cinéma doit rester un divertissement intelligent, une évasion, même s'il ne s'agit pas de faire uniquement des grosses comédies pour se taper sur les cuisses ! », résume-t-il lapidairement. Il aime aussi se rendre sur les tournages « pour humer l'ambiance, même si on ne sait jamais où se mettre pour ne pas gêner la caméra ».

Un métier de passion et de distance

Attaché de presse, Dominique Segall suit le processus de fabrication, à commencer par la lecture du scénario. « Pour suivre un film, il faut d'abord que j'aie le coup de foudre pour le script ! », jure celui qui a connu l'une des plus belles standing ovations dans le Grand Auditorium avec L'amour ouf de Gilles Lellouche (en 2024).

Il continue d'entretenir son plaisir du 7e art, même s'il n'est pas « le plus calé des cinéphiles ». Parfois, c'est une question de transmission au fil des générations, de fidélité à un nom, comme pour les Giraudeau (le père Bernard et la fille Sara) ou les Cassel père et fils. « J'apprécie beaucoup cette continuité, et au fil du temps, il se développe des rapports amicaux avec les artistes. »

Mais attention ! Dominique Segall n'est pas Dominique Besnehard. Il ne faut pas confondre attaché de presse avec agent, version Dix pour cent. « Certes, je peux être à l'écoute des artistes s'ils ont un coup de mou, mais je ne suis pas leur nounou ! Si on est trop proche, on se fait bouffer ! »

Souvenirs et diversité

Longtemps complice de Thierry Le Luron ou Sylvie Vartan, Dominique a entretenu l'amitié avec Michel Serrault et Jean Poiret, ses deux « parrains » du 7e art. « Auparavant, je m'occupais plutôt de théâtre et de variétés. Je les ai connus pour La cage aux folles, puis Jean Poiret a fait appel à moi pour ses films, et de relations en relations… » Thierry Le Luron, « un être exceptionnel qui a donné toutes ses lettres de noblesse à l'imitation », ou Sylvie Vartan ont notamment fait appel à lui.

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Son goût du spectacle, Dominique l'avait développé dès le lycée, « alors que ce n'était pas du tout dans l'ADN familial », souligne ce fils d'un fonctionnaire et d'une mère au foyer. Aujourd'hui, celui qui représente aussi le festival Cinéroman à Nice se concentre sur le grand écran, « parce qu'il ne faut pas trop se disperser », même s'il aime toujours se diversifier. « Parmi mes premiers films, il y avait L'amant de Lady Chatterley et Le père Noël est une ordure, c'est un grand écart que je m'efforce de renouveler. »

Alors tant pis si les rapports avec les journalistes n'ont pas forcément bien évolué : « J'ai la chance d'avoir connu une presse intelligente, à une époque où certains critiques revenaient voir une pièce de théâtre une deuxième fois pour ne pas se tromper... alors qu'aujourd'hui, on peut se demander s'ils ont vu le film une fois avant de rédiger leur papier. » Dominique continuera d'exercer avec sérieux le BA-ba du métier. Parce que, comme pour « ses » films ou artistes, il y est très attaché.