Malgré ses 25 ans de carrière et une bonne douzaine de longs-métrages à son actif, le réalisateur écossais David Mackenzie demeure largement méconnu du grand public. Une injustice, tant cet artisan talentueux, dans la lignée de Richard Donner ou John Badham, enchaîne les solides films d'action, à la fois intelligents, généreux et testostéronés. Parmi ses œuvres marquantes : Les Poings contre les murs (2013), drame carcéral avec Ben Mendelsohn et Jack O'Connell, L'Intermédiaire (2024) avec Riz Ahmed, et surtout Comancheria (2016).
Un petit chef-d'œuvre : Comancheria
Son petit chef-d'œuvre, écrit par Taylor Sheridan, est un thriller haletant où deux frères, incarnés par Chris Pine et Ben Foster, braquent des banques pour sauver leur ferme, affrontant le ranger Jeff Bridges lancé à leurs trousses. Invité du festival Reims Polar, où il a présenté son nouveau film, le très écossais David Mackenzie, 59 ans, se révèle l'un des cinéastes les plus chaleureux qu'il soit donné de rencontrer. Cheveux longs, amoureux de la France et du champagne, il parle sans langue de bois, avec un fort accent de son pays natal.
The Criminals : un bijou de braquage
Dans son nouveau bijou, The Criminals (titre français de The Fuze), il est question de la découverte d'une bombe de la Seconde Guerre mondiale en plein centre de Londres et d'un casse audacieux. Ce film de braquage, qui évoque parfois Une journée en enfer, accumule rebondissements, scènes d'action spectaculaires, faux-semblants et trahisons. Mackenzie y cisèle son film le plus divertissant à ce jour, dirigeant des acteurs excellents comme Aaron Taylor-Johnson, Sam Worthington ou Theo James. Le récit, hyperspectaculaire, ressuscite l'esprit des polars des années 1970 et s'amuse d'un jeu de massacre, sur la chanson « Police and Thieves » de The Clash.
Genèse du projet
Comment est née l'idée de The Criminals ? En 2010, alors qu'il était à Berlin pour travailler sur la musique de Perfect Sense avec Ewan McGregor et Eva Green, l'éruption du volcan islandais Eyjafjöll a paralysé le trafic aérien. Ce contretemps a inspiré à Mackenzie un thriller où une bombe peut exploser à tout moment, mêlé à un film de braquage. Il a confié l'écriture à son ami Ben Hopkins, scénariste de Limonov, qui a mis plus de dix ans à finaliser le script.
Direction d'acteurs et authenticité
Mackenzie, qui vient de la photographie, avoue avoir eu peur des acteurs à ses débuts. Il cherchait la précision absolue, mais a compris que l'authenticité et l'énergie priment. Aujourd'hui, sa direction est ouverte, basée sur l'improvisation. Il filme même les répétitions, cherchant la magie et l'étincelle qui font le cinéma.
Un budget maîtrisé pour un rendu spectaculaire
Malgré son aspect spectaculaire, The Criminals n'a coûté qu'environ 25 millions de livres sterling (29 millions d'euros), tourné en 35 à 40 jours, un rythme très rapide pour un tel projet, financé par une société franco-britannique.
Comancheria : un scénario qui traînait à Hollywood
Interrogé sur Comancheria, probablement son meilleur film, Mackenzie raconte que le scénario de Taylor Sheridan traînait à Hollywood depuis deux ou trois ans sans trouver preneur. Il y a vu de la poésie, une âme, de l'énergie. Travailler avec Ben Foster et Jeff Bridges fut merveilleux : dès le premier jour, la confiance s'est installée, et l'improvisation a dominé le tournage, dans une ambiance décontractée typique des années 1970.
Attachement aux racines écossaises
Mackenzie, originaire de Glasgow, parle avec un accent proche de celui de Sean Connery, auquel il est très attaché. Il porte régulièrement le kilt de sa famille. Il possède aussi une maison en Californie, dans le désert, et enseigne le cinéma à l'Université du Nevada, à Las Vegas, effectuant des allers-retours incessants entre Joshua Tree et Vegas.
Projets à venir
Le réalisateur a trois projets en développement, dont un biopic sur les Clash. Il connaît bien Paul Simonon, le bassiste, et un peu moins Mick Jones, le guitariste. Il reste discret sur les détails pour l'instant.
The Criminals de David Mackenzie, avec Theo James, Sam Worthington, Aaron Taylor-Johnson, 1 h 37. En salles depuis le 6 mai.



