Daredevil : Born Again, la saison 2 qui attaque frontalement la mythologie trumpienne
Daredevil saison 2 : une charge politique contre Trump

Daredevil : Born Again, une charge politique assumée contre le trumpisme

La cible est facile à identifier, mais elle est si habilement touchée qu'on ne pourra guère reprocher à Daredevil : Born Again un opportunisme politique trop flagrant – du moins pour cette fois. Car, au-delà des effets spectaculaires et du bruit médiatique, il ne faut pas s'y tromper : c'est bien l'ensemble de la mythologie trumpienne que le justicier aveugle de Marvel attaque symboliquement dans cette deuxième saison de sa série diffusée sur Disney+.

Wilson Fisk, un maire new-yorkais aux accents populistes troublants

Nous avions déjà relevé cette dimension politique dans le premier volet, mais elle était alors bien plus discrète. Dans cette nouvelle saison, l'antagoniste principal, Wilson Fisk, est toujours installé comme maire de New York, une ville qu'il a profondément transformée après plusieurs mois de mandat. Ce colosse à la voix rauque dirige la Grosse Pomme d'une main de fer, ne cessant de vanter les mérites de son action à travers des vidéos au ton populiste, largement relayées sur les réseaux sociaux, ou lors d'allocutions triomphantes à la télévision.

L'édile, particulièrement attaché à l'ordre et à la sécurité de ses rues, y a renforcé la présence de l'AVTF (pour « anti vigilante task force », ou brigade anti-justiciers), une milice indépendante qui ne répond qu'à ses ordres. Officiellement chargée d'interpeller les justiciers masqués opérant à New York, cette unité finit par outrepasser ses compétences dans des scènes étrangement similaires aux interventions controversées de l'ICE l'hiver dernier. Intimidations, arrestations arbitraires, violences sur des civils : la dérive est manifeste.

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Comme si la satire n'était pas déjà suffisamment explicite, les créateurs de la série ont même baptisé le projet de Fisk pour la ville « New York : Born Again », une allusion transparente au mouvement « Make America Great Again » lancé par Donald Trump en 2016.

Un récit de résistance inédit dans le genre des super-héros

Une fois cette grille de lecture politique assimilée, on se délecte du bras de fer multiforme qui oppose une administration new-yorkaise corrompue à une résistance qui s'organise. Justiciers, citoyens ordinaires et internautes s'engagent corps et âme dans la lutte, offrant au passage des scènes d'action spectaculaires. Le traditionnel combat en plan-séquence, devenu la signature de Daredevil depuis la série originale sur Netflix (2015-2018), est cette fois encore d'une agressivité et d'une coordination remarquables.

Les réalisateurs Justin Benson et Aaron Moorhead (également à l'œuvre sur l'excellente série Loki) osent avec brio l'usage du ralenti, sans jamais en abuser, comme dans cette séquence sanglante où notre maire mafieux s'adonne à un combat caritatif contre un boxeur professionnel. Là encore, le parallèle avec un responsable politique s'adonnant à des combats de catch semble tout sauf fortuit.

Au-delà de la réussite technique dans la représentation de la violence, la grande force de ce conflit réside dans son caractère inédit pour le genre. Nous avions certes déjà vu des récits de résistance chez les super-héros – avec Captain America : The First Avenger notamment, situé pendant la Seconde Guerre mondiale. Nous avons également découvert de nombreux scénarios à échelle humaine, comme le récent Hawkeye sur Disney+. Mais jamais encore nous n'avions assisté à une alliance aussi étroite entre justiciers et citoyens lambda pour faire tomber une tyrannie en place.

Une esthétique soignée et des performances d'acteurs remarquables

C'est donc avec un souffle libérateur que nous avons découvert les quatre premiers épisodes (sur huit au total) de la saison 2 de Daredevil : Born Again, rassurés par l'impression qu'enfin Marvel ose innover tout en évitant les simplifications politiques trop grossières.

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Le terme « admiré » est ici parfaitement approprié, car ces nouveaux chapitres séduisent par une esthétique particulièrement soignée. Si certains plans manquent parfois de profondeur – comme c'est souvent le cas dans les productions destinées au streaming, conçues pour être visionnées sur smartphone –, de nombreuses prises de vues se distinguent par un équilibre lumineux superbe. L'imagerie évoque par endroits le sacré, rappelant que Matt Murdock (l'alter ego de Daredevil) est à l'origine un catholique fervent, même si cet aspect de sa personnalité est ici quelque peu estompé.

Le héros créé par Stan Lee et Bill Everett en 1964 est toujours remarquablement incarné par le vétéran Charlie Cox. Son compère Vincent D'Onofrio, tout aussi glaçant dans la peau du caïd Wilson Fisk, déclarait récemment que son collègue britannique livre depuis onze ans « l'une des meilleures performances de super-héros que l'on ait jamais vues ». Difficile de lui donner tort lorsqu'on mesure toute l'intensité que l'acteur investit dans l'interprétation du justicier aveugle, portant depuis plus d'une décennie ce qui reste probablement la meilleure série de super-héros jamais réalisée.