À Cannes, « Quelques jours à Nagi » ausculte les sentiments sans émouvoir
À Cannes, « Quelques jours à Nagi » peine à émouvoir

Présenté en compétition officielle au Festival de Cannes, le film Quelques jours à Nagi du réalisateur japonais Tatsushi Ohmori tente d'ausculter les sentiments d'un petit groupe d'esseulés. Malheureusement, malgré une mise en scène soignée et des interprètes talentueux, l'œuvre peine à susciter l'émotion escomptée.

Un huis clos mélancolique

Le long métrage se déroule dans une petite station balnéaire déserte de la côte japonaise, où quelques personnages se croisent et tentent de tisser des liens. On y suit notamment une jeune femme venue se recueillir sur la tombe de son amant disparu, un vieil homme solitaire qui observe la mer, et une adolescente en fugue. Chacun porte en lui une blessure intime, une absence, un vide existentiel. Le réalisateur filme ces âmes perdues avec une grande délicatesse, captant leurs silences et leurs regards fuyants.

Un rythme contemplatif

Le parti pris esthétique est assumé : plans longs, lumière tamisée, bruit des vagues en fond sonore. Cette approche contemplative peut séduire par sa poésie, mais elle dessert le propos en installant une distance avec le spectateur. On observe les personnages de loin, sans jamais vraiment entrer dans leur intimité. Les dialogues, rares et souvent anodins, ne permettent pas de percer leur carapace. Ainsi, l'émotion reste à la surface, et l'on sort de la projection avec une impression de flou, comme si le film n'avait pas osé aller au bout de son exploration psychologique.

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Des interprètes justes mais sous-exploités

Le casting réunit des acteurs reconnus du cinéma japonais, notamment Kiki Sugino et Tatsuya Fuji. Leur jeu tout en retenue est parfaitement adapté à l'esthétique du film, mais on regrette que leurs personnages soient si peu développés. Ils restent des archétypes de l'esseulé, sans que l'on apprenne vraiment ce qui les a conduits à cette solitude. Le scénario, écrit par le réalisateur lui-même, semble privilégier l'atmosphère au récit, au détriment de la caractérisation.

Un film qui divise la critique

À l'issue de la projection, les réactions étaient mitigées. Certains critiques ont salué la beauté plastique et la sensibilité du propos, tandis que d'autres ont regretté un manque de chair et de tension dramatique. Quelques jours à Nagi s'inscrit dans la lignée des œuvres minimalistes japonaises, mais sans atteindre la puissance émotionnelle d'un Kore-eda ou d'un Hamaguchi. Le film reste un exercice de style élégant, mais qui laisse le spectateur sur sa faim, comme ces quelques jours à Nagi qui passent sans laisser de trace durable.

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