Pour son premier long-métrage, présenté à Cannes à la Semaine de la critique, l’Antibois Julien Gaspar-Oliveri a choisi de parler des violences intrafamiliales, de l’inceste en particulier, et de leur déflagration sur les victimes. Avec un Bastien Bouillon terrible en père déviant.
Un réalisateur azuréen à Cannes
« C’est beau d’être ici. Étant né à Cannes, venant avec un film qui traite de l’enfance et la famille, c’est hyper fort de pouvoir se réapproprier, ou transformer, ces choses-là. » Avec La Frappe, Julien Gaspar-Oliveri a fait une entrée remarquée dans le monde des longs-métrages. Sélectionné en Semaine de la critique, à Cannes, le réalisateur de 41 ans, repéré avec ses formats courts (comme la série Ceux qui rougissent, pour Arte en 2024), a ciselé un film intense et perturbant. Autour d’un père déviant, incarné par Bastien Bouillon.
Un sujet intime et universel
« Ça fait longtemps que je voulais aborder cette figure de père, que j’ai toujours contournée, hésitant à savoir ce que je voulais raconter », explique le réalisateur. Qui traite ici des violences intrafamiliales, l’inceste notamment, à travers un regard terrible et rarement étudié : celui d’un frère et une sœur (Diego Murgia et Romane Fringeli), tous jeunes adultes, qui se débattent entre le traumatisme et la puissance du lien qui, malgré tout, perdure. Jusqu’à la chute.
« Je suis lié à l’histoire, mais j’ai pensé qu’il ne fallait pas tomber dans l’autobiographie, plutôt que j’aille chercher, m’interroger, en entendant d’autres récits que le mien, pour réussir à capter quelle était la vraie problématique, pourquoi on se tait autant. J’en suis arrivé à la conclusion que ça posait la question de l’amour qu’on porte à ses parents », détaille Julien Gaspar-Oliveri. Qui a pris « beaucoup de liberté par rapport à (son) histoire » pour raconter « l’après, qu’est-ce que c’est que cohabiter avec la personne avec qui on aurait adoré avoir les plus beaux liens du monde mais qui ne nous permettra pas de les vivre, parce que le corps n’oublie rien ».
Un film profond et formellement maîtrisé
Un film profond, qui n’en oublie pas la forme. Julien Gaspar-Oliveri filmant ses comédiens au plus près, pour percevoir le moindre souffle, jusqu’à l’étouffement.
Bastien Bouillon : « Quand on sent le potentiel de Julien, on fait confiance »
Bastien Bouillon n’a pas hésité avant de s’engager sur le premier long-métrage de Julien Gaspar-Oliveri, si dur soit son personnage. « On se connaît depuis longtemps, on était au conservatoire ensemble. Entre ses qualités artistiques et ses qualités humaines, j’avais envie de travailler avec lui », résume le comédien qui a le vent en poupe (La Nuit du 12, Le Comte de Monte-Cristo, Partir un jour en ouverture du Festival de Cannes l’an dernier…). Comment incarner ce père maltraitant ? « Quand on sent le potentiel de Julien, on fait confiance. À partir du moment où le cerveau du spectateur commence à travailler, dès la scène d’ouverture, on accepte les silences, les regards, beaucoup de choses. »
En salles le 26 août.



