Un ballet interdit en Russie renaît à Berlin, porté par des exilés
Ballet interdit en Russie renaît à Berlin avec des exilés

Un ballet censuré trouve refuge à Berlin

L'histoire se répète, mais sur une scène différente. David Soares, hier simple danseur au Bolchoï de Moscou, incarnera à Berlin la légende Rudolf Noureev dans un ballet éponyme banni en Russie pour « propagande LGBT ». Cette œuvre, montée pour la première fois en Occident par l'artiste dissident Kirill Serebrennikov, symbolise la résistance culturelle face à la répression.

La fuite des artistes après l'invasion de l'Ukraine

« Donner une seconde vie à ce ballet ici aujourd'hui est une grande responsabilité », confie à l'AFP le soliste brésilien de 28 ans. Comme Serebrennikov, figure majeure de la scène artistique russe, il a fui la Russie après l'invasion de l'Ukraine en 2022. Des dizaines de milliers de Russes ont suivi cet exode, nombreux trouvant refuge à Berlin, capitale officieuse de l'opposition russe.

Noureev, victime de la répression culturelle

Le ballet retrace l'histoire du danseur étoile soviétique, réfugié en France en 1961 et mort du sida en 1993. Interdit en 2023 par les autorités russes, il illustre les mesures de répression politique, sociale et culturelle qui ont frappé le pays après la décision de Vladimir Poutine d'envahir l'Ukraine. La première du spectacle au théâtre du Bolchoï en décembre 2017 avait été un succès, mais son metteur en scène, assigné à résidence dans un dossier pénal considéré comme politique, n'avait pu y assister.

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Un message universel de liberté

À la demande du directeur du ballet de Berlin, Christian Spuck, Serebrennikov, exilé dans la capitale allemande, a remonté presque à l'identique son spectacle. Il sera présenté pour la première fois hors de Russie le 21 mars 2026. Selon le metteur en scène de 56 ans, « le message pour le public occidental est le même que celui adressé en Russie », évoquant notre « époque où la liberté et le bon sens font défaut ».

L'homosexualité au cœur du spectacle

Dès sa création, le ballet a suscité l'ire des autorités russes. Comme Serebrennikov, Noureev n'a jamais caché son homosexualité, largement thématisée dans le spectacle. Après sa fuite à Paris, on le voit entouré de danseurs en talons hauts, symbolisant sa découverte de la liberté et de nuits débridées. Une immense photo du danseur nu, qui devait trôner sur scène à Moscou en juillet 2017, avait été annulée à la dernière minute. À Berlin, ce portrait du photographe Richard Avedon sera enfin exposé.

La résistance d'une équipe d'exilés

Autour de Serebrennikov, toujours coiffé d'une casquette sombre, s'est reconstituée une petite équipe d'exilés, comme Iouri Possokhov, chorégraphe du ballet. Lors des répétitions au Deutsche Oper, l'un des trois opéras de Berlin, ils dirigent les artistes en anglais ou en russe, préservant leur héritage culturel malgré l'exil.

Incarner un mythe de la danse

Pour David Soares, qui a quitté le Brésil à douze ans pour danser à Moscou, « il est impossible d'incarner complètement Noureev : c'est plus qu'une star du ballet, c'est un personnage ». Pour préparer son rôle, il s'est imprégné des interviews de l'artiste, emblématique de la révolution de la danse masculine. Noureev avait un style « unique », avec « des sauts explosifs, des expressions extrêmes, une liberté artistique dans tous les sens du terme ».

Celui qui dirigea l'Opéra de Paris de 1983 à 1989 « a appris au public à voir le ballet d'une nouvelle manière », selon Soares. « Lorsqu'il est arrivé avec sa façon de danser, il a appris au public à s'asseoir et à LE regarder. » Cette renaissance à Berlin témoigne de la persistance de l'art face à la censure, portée par des exilés déterminés à perpétuer la mémoire d'un icône rebelle.

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