Bad Bunny transforme la mi-temps du Super Bowl en manifeste politique et culturel latino
Dans son discours aux Grammy Awards le 1er février, Bad Bunny avait clamé « ICE out » en référence à la police anti-immigration états-unienne. On s’attendait à ce que sa performance, ce dimanche, à la mi-temps du Super Bowl à Santa Clara en Californie, soit infiniment politique. Elle l’a été, mais à sa manière unique et puissante.
Un message d'amour et d'unité
Sur l’écran géant du stade, le message « The only thing more powerful than hate is love » s’est affiché, une phrase que l’artiste de 31 ans avait prononcée lors de la remise de prix. « Nous ne sommes pas des sauvages, nous ne sommes pas des animaux, nous ne sommes pas des étrangers - nous sommes des humains », avait-il aussi déclaré. Il a ajouté : « Il est nécessaire que nous soyons différents. Si nous combattons, nous devons le faire avec amour. » Dont acte, le spectacle qu’il a offert a fait primer la fête, l’esprit de communion et la célébration des Latino-Américains et de leur culture, à commencer par Porto Rico, son île natale.
Donald Trump a réagi en qualifiant ces quatorze minutes de show d'« affront à la grandeur de l’Amérique ». Pourtant, c’est bien de la « grandeur de l’Amérique » dont il a été question durant toute la prestation de Bad Bunny, mais dans une vision inclusive et multiculturelle.
Un bout de Porto Rico en Californie
Le décor du show a transposé un bout de Porto Rico au milieu du stade, avec des champs de canne à sucre, une épicerie, un salon de coiffure, et des danseurs coiffés de pavas, le chapeau traditionnel portoricain. Porto Rico est une île associée aux États-Unis, dont les ressortissants ont la nationalité états-unienne. Le spectacle a été pensé comme un court métrage, lancé par la phrase « Qué rico es ser latino ! », qui prend une dimension forte à l’heure où les Latinos sont particulièrement ciblés par l’ICE.
Le carton « Benito Antonio Martinez Ocasio presenta el espectáculo de medio tiempo del Super Tazón » a donné le ton : la quasi-totalité du spectacle s’est déroulée en espagnol, affirmant fièrement l'identité latine.
Lady Gaga et les étoiles latinos
La seule séquence anglophone tournait autour de Lady Gaga interprétant une version salsa de Die With a Smile à une fête de mariage. Bad Bunny et elle se vouent une admiration mutuelle, ce qui explique sa présence. Certains internautes ont interprété ce passage comme un clin d’œil inversé aux artistes latinos animant les mariages de couples états-uniens blancs : cette fois-ci, c’est une blanche qui divertit des Latinos. Lady Gaga, qui avait agrémenté sa robe bleue d’une Flor de Maga, emblème de Porto Rico, a échangé quelques pas de danse avec Bad Bunny, symbole d’union de deux horizons.
Il fallait avoir les yeux bien ouverts pour les voir tous : plusieurs stars latinos ou aux origines latinas étaient réunies sur le perron de la casita, la petite maison typiquement portoricaine. Parmi elles :
- L’acteur chiléo-étatsunien Pedro Pascal
- L’actrice étasunienne Jessica Alba, dont le père est d’origine mexicaine
- La chanteuse Cardi B, Étasunienne fille d’un Dominicain et d’une Trinidadienne
Autant de figures métissées qui contribuent activement à la pop culture américaine, illustrant la diversité et l'influence latino.
Symboles et références profondes
Ricky Martin, autre star portoricaine, a interprété Lo Que Le Pasó A Hawaii, assis sur une chaise en plastique blanc. Le même modèle Monobloc apparaît sur la pochette de Debí Tirar Más Fotos, le dernier album de Bad Bunny. Ces sièges, « que les Portoricains amènent pour s’asseoir en cercle en famille, entre amis ou voisins pour discuter, rire ou partager des histoires », sont représentatifs de la vie quotidienne à Porto Rico. La seconde chaise vide sur la scène peut évoquer, comme sur la couverture du disque, ceux qui sont partis, ont émigré ou sont morts, rappelant les pertes et les séparations.
Bad Bunny a grimpé le long d’un poteau électrique vers la fin de sa performance. Une allusion claire à l’ouragan Maria qui a frappé Porto Rico en 2017, détruisant la majorité des pylônes de l’île et privant les habitants d’électricité pendant de longues semaines. La catastrophe avait fait 64 morts selon un bilan officiel, qu’une enquête indépendante a fait passer à 2 975 décès. La manière dont l’administration Trump avait géré les secours et le soutien à l’île avait été vivement critiquée, tandis que le président états-unien avait qualifié cette gestion de crise de « succès incroyable ».
L’Amérique, au-delà des États-Unis
Bad Bunny a pris la tête d'une parade de drapeaux représentant les pays du continent américain, des Caraïbes et des Antilles. « God Bless America » auront été les seuls mots prononcés en anglais par Bad Bunny durant son show du Super Bowl. L’artiste ne faisait pas référence à la phrase patriotique états-unienne mais à l’ensemble du continent, dont il a énuméré l’intégralité des pays, en terminant par les États-Unis, le Canada… et Porto Rico. Et de brandir un ballon de football américain sur lequel était écrit : « Ensemble, nous sommes l’Amérique », un message fort d'inclusion et de solidarité panaméricaine.