Requiem : chevalier vampire renaît en manga après une décennie de gestation
Dans les années 2000, deux artistes de génie, le scénariste britannique Pat Mills et l'illustrateur français Olivier Ledroit, ont créé ensemble la bande dessinée Requiem : chevalier vampire. Mills, cocréateur de Judge Dredd avec John Wagner, et Ledroit, connu pour des séries comme Les Chroniques de la Lune noire, ont fondé leur maison d'édition Nickel avant de se lancer dans ce projet ambitieux.
Une love story interdite dans un enfer inversé
Requiem : chevalier vampire présente une love story interdite se déroulant dans un univers infernal inversé, avec une approche graphique baroque et gothique. La saga a fidélisé une communauté de fans, avec 560 000 exemplaires écoulés et un tome 13 en préparation. Ce qu'Olivier Ledroit n'avait pas prévu, c'est l'impact de sa découverte des mangas, il y a une dizaine d'années.
Fasciné par cet art japonais, Ledroit a décidé de réinterpréter Requiem avec les codes nippons. Après une gestation ardue, le premier tome de cette version manga, qualifiée de à la mode française, est finalement paru en librairie le 21 janvier 2026.
Adaptation par de jeunes talents sous supervision
L'éditeur Glénat a recruté deux jeunes talents pour cette adaptation : Victor Santos au scénario et Seban aux dessins. Pat Mills et Olivier Ledroit restent proches du projet, consultés chaque mois par les nouveaux auteurs pour éviter toute dénaturation de leur univers.
Le concept de la BD est repris : l'action se déroule dans une dimension infernale où les humains mal conduits sur Terre se réincarnent en goules, loups-garous ou vampires. Ces derniers, dirigés par le comte Dracula, sont en guerre perpétuelle. Heinrich, un soldat allemand de la Seconde Guerre mondiale, se réincarne en vampire, hanté par le souvenir de Rebecca, la femme qu'il aimait.
Défis de la transposition en manga
La décision de transformer Requiem en manga remonte à une dizaine d'années, initiée par un directeur de collection chez Glénat. Convaincre l'éditeur a été difficile, notamment à cause des sensibilités japonaises concernant la Seconde Guerre mondiale. Victor Santos a modifié le scénario pour qu'il passe mieux au Japon, tout en conservant les grandes lignes, dont l'histoire d'amour entre Rebecca et Heinrich.
La transposition a posé des défis techniques, comme la profusion de doubles pages dans la BD d'origine, moins adaptées aux liseuses numériques japonaises. Ledroit a insisté pour que Seban puisse inclure des doubles pages détaillées, essentielles à l'âme de l'œuvre.
Une version adoucie pour un public plus large
La version manga est moins violente et sexuelle que la BD originale, visant un public plus jeune, de type shônen. Ledroit explique que cela permet de toucher de nouveaux lecteurs, comme des enfants de 11 ans, tout en préservant l'œuvre initiale qui reste inchangée. Il souligne que le public de la BD n'est pas uniquement composé de boomers, citant l'influence de youtubeurs comme ALT 236 qui ont attiré un public plus jeune.
Influences manga et accessibilité
Olivier Ledroit, grand lecteur de mangas, cite des œuvres comme Berserk de Miura et Mori, ou celles de Junji Ito, parmi ses favorites. Il a découvert cet univers grâce à des histoires de samouraïs et des films comme Shogun assassin. Pour lui, les mangas offrent une accessibilité financière, avec des prix autour de 8 euros, contre 30 euros ou plus pour certaines BD, permettant de toucher un public plus large.
Perspectives futures
Concernant le tome 13 de la BD originale, Ledroit révèle qu'il change de technique, travaillant en noir et blanc avant une colorisation à l'encre séparée. Il s'agit de l'avant-dernier tome, avec un développement légèrement rallongé. Cette renaissance manga marque un nouveau chapitre pour Requiem : chevalier vampire, alliant tradition franco-belge et innovation japonaise.