BD : les auteurs face au défi de l'IA à Crok' ta bulle
BD : les auteurs face au défi de l'IA à Crok' ta bulle

La 5e édition du festival BD et transmédia Crok’ta bulle a attiré près de 2000 visiteurs ce week-end à Saint-Rome-de-Tarn. Un secteur de l’édition en pleine mutation, où les auteurs doivent s’adapter ou disparaître face à l’intelligence artificielle.

Des approches divergentes face à l'IA

Dans les allées bien garnies du festival, des auteurs aveyronnais ont un avis sur la question. Gaëtan Lüpke, alias Mouflon, n’est a priori pas réfractaire à son utilisation. "J’ai déjà utilisé l’IA pour une composition sur laquelle j’étais bloqué, et c’est vrai que ça m’a ouvert une porte", témoigne l’auteur de Destruction Kentucky. Mais l’artiste montpelliérain, désormais installé à Castelnau-Pégayrols, pense "qu’on fait encore la différence entre l’IA et un vrai dessin, donc je suis plutôt confiant… Ou peut-être naïf".

De son côté, le dessinateur Nicolas Bègue, de Saint-Geniez-d’Olt, est plus réticent : "Je n’ai jamais utilisé l’IA pour mes créations ou pour faire des planches, seulement pour faire des posts sur les réseaux sociaux…" L’auteur de La légende des Stryges veut même "essayer de repousser le plus possible, en espérant ne pas avoir à l’utiliser". Tout en ayant conscience que "cet outil est enseigné dans les écoles" et qu’il faudra, tôt ou tard, s’adapter.

"Apprendre à l'utiliser"

"J’ai moi-même fait un manga d’anticipation, SkilledFast, qui intègre cette évolution", rappelle Hachin, 31 ans, installé à Saint-Sever-du-Moustier. Ce manga de science-fiction en 3 tomes, disponible au festival, emmène le lecteur en 2097 à Central City, où les humains portent un implant dans la nuque, appelé SkilledFast, qui permet d’acquérir instantanément des compétences et d’améliorer ses aptitudes.

"Donc je n’ai pas de point de vue réactionnaire là-dessus, explique le dessinateur, particulièrement apprécié par les jeunes lecteurs. Aujourd’hui, je n’ai pas besoin de l’IA pour aller plus vite et augmenter ma production. Mais je crois qu’il faut quand même apprendre à l’utiliser, pour ne pas se faire dépasser par la technologie."

L’affiche de cette 5e édition, qui s’est tenue les 3 et 4 octobre, a été dessinée par l’illustratrice et autrice de bande dessinée Christelle Galland. Et si la prochaine affiche était générée par l’IA ? La question reste ouverte, mais les auteurs présents semblent conscients que l’adaptation est inévitable.