La célébration de Zinédine Zidane sur le but décisif de Michael Olise, lundi dernier en Belgique, a marqué les esprits. Une course d'élan et une frappe de mule qui ont provoqué une vague de joie collective, bien au-delà du vestiaire des Bleus. Pour Manu Koné, milieu de la Roma, cette effusion est le signe d'un bonheur partagé, même s'il anticipe déjà l'ovation du Stade de France vendredi soir contre l'Italie.
Une célébration qui raconte une histoire
« J'ai accompagné l'action de Michael, j'ai senti qu'il allait partir dans ses dribbles. Il a fait une action exceptionnelle. Puis j'ai vu le ballon et j'ai été obligé de shooter dedans. C'est ridicule. » Ces mots de Zidane, rapportés lundi soir, traduisent une joie spontanée, presque enfantine. Philippe Tétart, historien du sport à l'Université du Mans, y voit une « pulsion de joie » qui résonne avec le récit national français.
« Est-ce qu'on jouit de la situation avec l'ex-joueur qui incarne la victoire de 1998 ? Oui. Est-ce qu'on se réjouit avec l'homme qui a été un grand entraîneur du Real de Madrid et qui a continué à faire rayonner son nom et son excellence sportive au travers de ses résultats ? Oui. Est-ce qu'on se réjouit de cette belle histoire qui incarne la réussite aussi, en voyant à des dimensions qui touchent à la question d'une inclusion pleinement réussie, pleinement positive ? La célébration de ce but [contre la Belgique] met tout en mouvement selon moi. »
Le privilège du numéro 10
Zidane n'a pas le monopole du bonheur collectif, mais il en est un facilitateur. Comparé à Didier Deschamps, il a suffi de simples images de ZZ en pleine distribution de caviars à l'entraînement pour combler les supporters, là où l'ancien sélectionneur a dû remporter la Coupe du monde pour être porté aux nues. Un privilège de numéro 10, assurément.
Pour le philosophe Ollivier Pourriol, « Zidane incarne la promesse enfantine du football ». Cette promesse est tenue par un geste inattendu, comparable à la course de José Mourinho sur la pelouse d'Old Trafford en 2004. « C'est une pulsion, il a frappé ce ballon comme un enfant sur la plage qui tire de toutes ses forces sans viser. Zinédine Zidane, qui a tout gagné, conserve ce plaisir enfantin chez un adulte accompli, et c'est communicatif. »
Deux faces d'un même Zidane
« D'une certaine manière, il y a une résonance avec le coup de boule de 2006, théorise Philippe Tétart. Ce sont les deux faces d'un même Zidane. Un homme qui, au-delà de sa réserve, de ce qui apparaîtrait comme une timidité, est susceptible d'être volcanique, comme nous sommes tous susceptibles de l'être. Et donc, il y a un moment où ce costume craque. Et là, il craque positivement. »
Et quand Zidane craque, tout le monde fond. Lundi, la joie irradiante du coach tricolore a illuminé le visage de Bixente Lizarazu, comme si l'ancien latéral du Bayern Munich était un mortel parmi tant d'autres. Pas de quoi étonner Ollivier Pourriol : « Il [Lizarazu] a vécu le miracle de ZZ sous ses yeux. On n'est plus la même personne après avoir joué avec Zidane, on joue mieux avec lui. Zidane partage son génie, c'est contagieux. Il se permet des choses tellement extraordinaires qu'au lieu d'écraser les autres, ça les libère. »
Une affaire de générations
Pour trouver du recul, il faut écouter les plus jeunes. Ismaël, 18 ans, supporter des Bleus, a connu Zidane à travers le récit passionné de son père et en jouant à Fifa, déduisant que ZZ « était très technique mais plutôt lent ». Pour lui, Zidane est avant tout l'entraîneur du Real Madrid trois fois vainqueur de la Ligue des champions. « Sur le but contre la Belgique, je trouve à la fois ça drôle et à la fois j'ai été ému parce que ça faisait dix ans qu'il attendait ce poste, donc je suis content pour lui. » Une manière de rappeler que le phénomène Zidane n'échappe pas à la logique générationnelle, même s'il ne laisse jamais indifférent.