Rachel Deréal, fine diseuse des Années folles, a connu un franc succès dans les cabarets d'Alès et de Montpellier avant de tomber dans l'oubli. Née en 1895 à Vezillon, dans l'Eure, elle a chanté les amours déçues et les misères sur les scènes de France et de l'étranger. Elle s'est éteinte en 1937 à l'âge de 42 ans, laissant peu de traces de sa carrière.
Une étoile montante du music-hall
Rachel Deréal, de son vrai nom Rachel Carrière, est née en 1895 à Vezillon, un petit village entre Rouen et Paris. Elle s'échappe très vite de ce décor sans promesses pour embrasser une vie de saltimbanque. En 1919, elle devient fine diseuse, un métier de l'époque consistant à chanter de la poésie accompagnée d'un pianiste ou d'un accordéoniste. Elle se produit d'abord au Tivoli Music-hall puis aux Folies Bergère de Rouen.
Le 18 octobre 1922, elle monte sur scène au Majestic à Alès, une salle de 650 places place de la Mairie. Le directeur, M. Emile Véran, se félicite de "ce franc succès", une "excellente représentation", qui a rassemblé un "nombreux public". Quelques jours plus tard, elle poursuit sa tournée à L'Athénée (rue Broussairolles) et à l'Eldorado de Montpellier, un cabaret comparé au Casino de Paris ou à l'Olympia.
Une carrière marquée par des partenariats artistiques
Rachel Deréal se produit avec d'autres artistes de music-hall, dont Lock-O-Ni, dit le cycliste de la mort japonais, qui évolue dans un numéro périlleux à 10 mètres au-dessus du sol. En 1922, elle participe avec lui au spectacle Parisiana tournée, mêlant attractions, tours de chant et vaudeville. L'année suivante, elle devient sa partenaire artistique et se produit notamment à Turin.
Une chronique dans La Coulisse raconte : "Le tout Montpellier smart se rend tous les soirs dans ce coquet music-hall de la rue du Faubourg de Lattes, que le sympathique M. Higonenec dirige avec tant de tact que d'habileté. L'orchestre de cet établissement, sous la baguette de M. Fontaine, fait merveille et les divers numéros et attractions soigneusement choisis réunissent les meilleurs artistes des concerts de Paris et de l'étranger, aussi, rien d'étonnant à ce que cet Eldorado ne désemplisse pas."
Le déclin du music-hall face au cinéma
Au début des années 1930, le cinéma s'installe dans les villes et, avec le parlant, apporte dans les salles les voix, les chansons et les dialogues des acteurs. Les cabarets commencent à tirer leur révérence. Rachel Deréal, qui a divorcé en 1927 et passé son permis de conduire en 1930, tombe malade quelques années plus tard. Elle s'éteint en 1937 à l'âge de 42 ans.
Près de 100 ans après sa mort, de ses chansons de poésie, de sa carrière, il ne reste aucune trace, si ce n'est une plaque célébrant les 160 Rouennaises inspirantes, apposée sur un banc, à l'emplacement de l'ancien Tivoli Music-Hall. Là même où cette étoile filante du cabaret avait conquis sa liberté.