Lilian Thuram au Festival de Mouans-Sartoux : « On va gagner »
Thuram à Mouans-Sartoux : « On va gagner »

Ce samedi, au parc du Château de Mouans-Sartoux, Lilian Thuram a captivé un public dense et intergénérationnel lors de la 39e édition du Festival du Livre, dont il est co-président. L'ancien champion du monde 98 a livré un échange chaleureux, mêlant souvenirs du mondial, anecdotes d'enfance et combat antiraciste, devant une foule venue nombreuse.

Une popularité intacte près de trente ans après 1998

Dans les allées ombragées du parc, la chaleur de juillet 1998 semblait encore présente. Près de trente ans après son doublé mythique en demi-finale contre la Croatie, Lilian Thuram conserve une aura et un capital sympathie intacts. La rencontre, animée par l'entrepreneur et militant pour la justice sociale Taoufik Vallipuram, vêtu du maillot des Bleus, a pris la forme d'un dialogue fluide et démocratique.

Une règle claire avait été posée : une alternance stricte et obligatoire de la parole entre femmes et hommes. Dans les rangs, les motivations varient : des nostalgiques de la première étoile, se remémorant la liesse de 1998 « comme si c'était hier », des adolescents de 14 ans bercés par les récits parentaux, des jeunes footballeurs du RC Grasse, ou encore des admirateurs venus saluer le père de Marcus et Khéphren Thuram. La popularité du Guadeloupéen traverse les générations sans faiblir.

La blessure de l'enfance et l'épisode du « marron »

Très vite, Lilian Thuram a orienté la discussion vers ses combats majeurs : la déconstruction du racisme et des mécanismes de domination. Il s'est appuyé sur sa bande dessinée, Notre histoire, les étoiles d'un champion du monde, rééditée chez Delcourt Mirages, pour évoquer des figures méconnues comme la poétesse Phyllis Wheatley, plaidant pour un enrichissement de la culture générale.

L'ancien joueur est revenu sur son arrivée en métropole, un choc culturel et identitaire fondateur. Né en Guadeloupe, il grandit dans un environnement où la couleur de peau n'est jamais un sujet. Tout bascule à 9 ans, lorsqu'il intègre une classe de CM2 à Bois-Colombes, en région parisienne, et que des camarades le traitent de « sale noir » pour la première fois.

« C'est comme s'il y avait une blessure à l'intérieur et qu'on ne voit pas », confie-t-il. En rentrant chez lui, sa mère lui répond : « C'est comme ça, les gens sont racistes, ça ne va pas changer. » Une explication qu'il qualifie de tragique, car elle posait le racisme comme une fatalité. « C'est à partir de ce moment-là que je suis devenu noir », analyse-t-il, avant de retourner la question au public : « Ce qui serait très intéressant à savoir, c'est à quel âge on devient blanc ? »

Un message de résistance et d'espoir

Pour illustrer comment les catégories raciales s'imposent sans conscience, Lilian Thuram a partagé une anecdote impliquant son fils Khéphren. Interrogeant son fils sur son insertion à l'école, il lui demande s'il est le seul petit garçon noir de sa classe. Khéphren répond avec surprise : « Mais papa, je suis pas noir, je suis marron ! » Et de préciser que ses camarades sont « roses », déclenchant le rire bienveillant de l'assistance. Une réponse qui souligne, selon l'ancien international, à quel point la société enferme très tôt dans des représentations idéologiques.

Le co-président du festival, qui participera les 3 et 4 octobre à Breil-sur-Roya à la deuxième édition de « Là où chantent les loutres » avec Cédric Herrou, pour repenser l'avenir de la vallée six ans après la tempête Alex, a conclu par un message de résistance : « Nous sommes beaucoup plus nombreux que vous ne le pensez. Ils essayent de nous démoraliser, mais on va gagner, c'est écrit. » À Mouans-Sartoux, le message est passé haut et fort.