Une rétrospective inédite du dessinateur argentin Quino
Jusqu'au 20 septembre 2026, le Musée Peynet et du dessin humoristique d'Antibes consacre une exposition à Quino, le célèbre créateur de Mafalda. L'exposition présente une centaine d'œuvres de l'artiste argentin, permettant de découvrir l'étendue de son talent au-delà de son héroïne iconique.
Quino, un pessimiste qui croyait au changement
Né le 17 juillet 1932 et décédé le 30 septembre 2020, Quino, de son vrai nom Joaquin Salvador Lavado Tejon, se décrivait comme « un pessimiste qui a, malgré tout, l'illusion que son travail peut faire changer les choses ». Jusqu'en 2006, date à laquelle des problèmes de vue l'ont contraint à cesser son activité, il a passé sa vie à créer des bandes dessinées et des dessins d'humour.
Mafalda, une fillette au regard acéré sur le monde
Dans l'œuvre de Quino, Mafalda occupe une place prépondérante. Cette petite fille aux cheveux noirs et indisciplinés, coiffée d'un ruban rouge, apparaît pour la première fois en 1964 dans la revue Primera Plana. Née presque par hasard, elle devient rapidement l'héroïne d'un des comic strips les plus lus au monde. À travers ses aventures, Quino aborde des thèmes comme les inégalités sociales, la corruption ou la condition des femmes, tout en évoquant la situation de l'Argentine et de l'Amérique du Sud.
Si Mafalda a été censurée en Bolivie, au Chili ou au Brésil, elle a échappé à la censure en Argentine. « Mafalda était une petite fille, et on me laissait donc faire. Elle paraissait innocente », expliquait Quino. Cependant, le régime dictatorial finit par le trouver trop subversif. Menacé, il quitte l'Argentine en 1976 pour l'Italie, puis l'Espagne.
Quino avait lui-même décidé d'arrêter la série après neuf ans, ne voulant pas que Mafalda devienne une habitude pour les lecteurs. « Je ne voulais pas que Mafalda devienne une de ces BD que les gens lisent par habitude, ce qui n'a aucun sens. De plus, faire un strip n'est pas la même chose que faire une BD traditionnelle. C'est un travail très routinier, je me sentais limité. C'est comme si un menuisier devait toujours tailler la même table. Moi, je voulais aussi faire des portes, des chaises et des banquettes », confiait-il en 2014.
L'exposition : révéler l'œuvre complète de Quino
Le commissaire de l'exposition, Marc Goujon, a souhaité montrer ces « portes, chaises et banquettes ». « Quino n'est pas QUE Mafalda. C'est un artiste complet, brillant, piquant, universel », assure-t-il. Rencontré il y a vingt ans, Quino lui a laissé le souvenir d'un homme « simple, discret, presque timide, mais ses yeux, déjà fatigués par une vie compliquée, pétillaient de malice ». Cette rencontre, agrémentée d'un dessin de Mafalda, a donné envie à Marc Goujon de plonger dans le reste de son œuvre.
« Ses propos dépassaient la cellule familiale et ses environnements. Ils étaient une succession de réflexions qui dénotaient une vraie révolte face à l'injustice, aux injustices. Des tranches de vies simples, asservies par le pouvoir, par tous les pouvoirs », estime le commissaire.
Des thèmes universels : contestation, vie conjugale et temps qui passe
Dans l'exposition, on découvre avec délectation ce qui trottait dans la tête de Quino. Imprégné d'une éducation politisée, anticléricale et de gauche, il a souvent mis en scène des personnages contestataires. Il s'est également penché sur les ménages traditionnels où la femme est cantonnée aux tâches ménagères pendant que l'homme se prélasse. Le temps qui passe, les corps qui s'affaissent, les mémoires qui défaillent sont aussi des thèmes récurrents. On rit ou on retient une larme, mais on regarde toujours l'enfance filer.
« Le problème de notre monde est que les enfants perdent l'usage de la raison à mesure qu'ils grandissent. Ils oublient à l'école ce qu'ils savaient à la naissance. Ils se marient sans amour. Ils travaillent pour l'argent et, entrés à l'âge adulte, se noient non pas dans un verre d'eau mais dans un bol de soupe. » – Quino, interview au journal Le Monde, 2014.
La genèse de Mafalda : une icône née d'une commande publicitaire
Mafalda doit son existence à un projet de la société Siam Di Tella, qui souhaitait lancer une ligne d'électroménager sous le nom Mansfield. En 1963, Quino réalise douze bandes dessinées inspirées de l'univers des Peanuts (Snoopy), avec des scènes où les personnages ouvrent un frigo ou passent l'aspirateur. Les produits Mansfield ne seront jamais commercialisés, mais les planches sont publiées par Julian Delgado, directeur de l'hebdomadaire Primera Plana, sans l'accord de Quino, le contraignant à poursuivre la série.
« Je me suis peu à peu démarqué des Peanuts, notamment en développant le rôle des parents, absents de la série de Charles Schulz. Et comme le magazine Primera Plana était essentiellement politique, j'ai pensé que Mafalda devait devenir une jeune fille en prise avec son temps, avec un goût pour la révolution et la contestation, Che Guevara et les mouvements de libération de la femme », déclarait Quino.
Informations pratiques
Exposition au Musée Peynet et du dessin humoristique, Antibes. Entrée : 3 à 5 euros. Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 12h50 et de 14h à 18h. Fermé le 1er mai. Renseignements : antibes-juanlespins.com/culture/musee-peynet.



