Mode : cinq marques revisitent leur histoire avec audace
Cinq marques revisitent leur histoire avec audace

Les maisons de mode trouvent dans leur propre histoire une source d'inspiration inépuisable. Cette saison, cinq marques – Devred, Herno, Willy Chavarria, Paul & Joe et Lee – revisitent leurs archives et celles du monde pour proposer des collections qui conjuguent patrimoine et modernité. Chacune à sa manière, elles transforment leur héritage en un récit contemporain, parfois audacieux, parfois nostalgique, mais toujours ancré dans une démarche créative.

Devred : « Transcender le temps » avec un premium accessible

Fondée à Amiens en 1902, Devred est une figure du paysage de la mode masculine depuis plus d'un siècle. Aujourd'hui, l'enseigne aux 319 boutiques se positionne sur le créneau du « premium accessible », sous l'impulsion d'Alexandre Fleveau, son directeur artistique depuis 2025. La capsule de cet automne, baptisée « Transcender le temps », relit les fondamentaux du vestiaire masculin – pantalon, chemise, maille, cravate, blouson – autour de 29 pièces aux coupes assouplies et aux nuances naturelles.

Un monogramme composé de deux « D » entrelacés apparaît dans les broderies, en embossage, en surpiqûre ou sur une broche. Plus qu'un exercice patrimonial, cette collection acte l'ambition de Devred de puiser dans son héritage pour façonner une nouvelle allure moderne et durable.

Herno : l'élégance technique à l'italienne

En 1948, la maison italienne Herno naissait au bord du lac Majeur avec la volonté de créer un vestiaire pour se protéger du climat humide piémontais. Avant les doudounes poids plume qui ont installé sa réputation, la marque confectionnait des imperméables. Cette saison, Herno reprend ainsi le fil de son histoire.

Allégé, assoupli, débarrassé d'une partie de ses codes militaires, le trench-coat fusionne le savoir-faire historique de tailleur et l'ingénierie de textiles performants dans une élégance qui accompagne le corps au fil de la journée. Une réinterprétation qui rend hommage aux origines de la maison tout en répondant aux exigences contemporaines de confort et de style.

Willy Chavarria : « Autoerotica », un manifeste queer et radical

Loin d'une mode aseptisée qui vide de tout désir, Willy Chavarria trouble une fois de plus les codes établis cette saison. Avec « Autoerotica », le créateur américain signe un manifeste brut et frontal en faisant monter la température d'un cran. Une célébration queer, trans et radicale de la liberté d'exister, renouant avec l'érotisme insolent des années 1970.

La « Willy Woman » ne pose ici pas pour le regard des autres mais prend le pouvoir. Elle contrôle son image, qu'elle soit glamour ou très sexy – exposant son corps dans des jupes crayons desquelles dépasse l'élastique d'un boxer, dans une minijupe en cuir croisée à des chemises d'ouvriers ou drapée dans une robe de cocktail. Son allure reste souveraine. Avec cette campagne aux silhouettes fortes, Willy Chavarria rappelle habilement que le style ne se mesure pas à une image seule, mais bien au frisson qu'il procure.

Paul & Joe et Tilda Jonathan : l'aristo chic anglais au scalpel

C'est un télescopage de styles comme on les aime : l'allure rétro parisienne de Paul & Joe croise cette saison la rigueur de Savile Row. Sophie Haggiag a donné carte blanche à Tilda Jonathan, jeune tailleur londonienne remarquée aux Golden Shears 2025, récompensant la maîtrise artisanale et chirurgicale du ciseau, pour la méticulosité de son savoir-faire.

Leur capsule a été exclusivement conçue dans des laines britanniques d'exception – Harris Tweed et drap mérinos de chez Dugdale Bros & Co – et assemblée dans des manufactures de luxe françaises. Tous les totems du vestiaire masculin d'outre-Manche (pied de poule, rayure craie, veste de chasse ceinturée et smokings détournées en robes) sont ici savamment revisités dans ce vestiaire d'esthète dont les doublures se parent de détails espiègles.

Lee : le glamour hollywoodien en denim

Marilyn Monroe ne portait pas que des robes. Prenez le cliché d'Eve Arnold sur le tournage des « Désaxés ». L'actrice y apparaît dans une veste en denim « Storm Rider » de chez Lee. Cette année, l'icône aurait célébré ses cent ans. La marque américaine de denim lui rend hommage avec une collection capsule.

Cette ligne réinterprète le vestiaire de l'icône en y ajoutant une sensualité à la fois brute et décontractée. La mythique veste en jean et son col velours croise le jean « Marilyn » à la taille marquée ou des chemises masculines. Au total, 29 pièces, brodées d'une signature en forme de baiser rouge, révèlent la manière très moderne dont Marilyn Monroe s'était approprié un vêtement de travail masculin pour l'intégrer au glamour américain de l'époque.