Dans son atelier de Clermont-l'Hérault, Christophe Heymann, alias Chap, peint la mémoire des familles. Il transforme les histoires familiales, les souvenirs et les visages en « Tableaux de vie », des œuvres figuratives colorées qui traversent le temps. L'artiste se définit comme le « metteur en scène » de ces existences, recevant les confidences de ses commanditaires pour les immortaliser en deux dimensions.
Un atelier débordant de toiles colorées
Dans le cœur de ville de Clermont-l'Hérault, la maison atelier de Christophe Heymann déborde de tableaux. Des œuvres figuratives convoquent un maelström aussi coloré que figuratif, inspiré de la Pop Art d'Andy Warhol et de la culture des Comics, en grands formats. L'atelier, habillé de musiques, est aussi le lieu de vie de ses chiens, qui l'accompagnent pendant qu'il peint.
Les familles lui proposent leurs acteurs, lui livrent le scénario. Lui se conçoit comme « le metteur en scène de ces histoires », dépeint humblement Christophe Heymann. La confiance est le ciment de son œuvre : sur commande, il compose des œuvres très détaillées, emplies de portraits, de symboles, parfois d'animaux, mais aussi de mystères intimes dont seuls les commanditaires détiennent les clés.
Un dépositaire de vies et de secrets
« Je réalise que, d'une certaine manière, je suis devenu un dépositaire de ces vies. On me confie une histoire, familiale ou professionnelle. Ma responsabilité est ensuite de la transformer en une œuvre qui survivra à la conversation », explique l'artiste. Une œuvre qui transcende les mots, les dits, les non-dits. Les échanges sont riches : « Les gens ont confiance en moi. Quelque part, je deviens un peu leur psychologue », analyse-t-il.
Il crée pour les gens « d'aujourd'hui, mais aussi pour ceux qui regarderont mes tableaux demain », confie celui qui cite volontiers Paul Valéry : « La mémoire est l'avenir du passé. » Ses tableaux finissent par faire partie de l'histoire familiale, devenant des témoins durables.
Un parcours nourri par l'enfance et le Tchad
Son passé pictural remonte à l'enfance. Né à Fort Lamy, ancien nom de l'actuelle ville de N'Djaména, en 1956, il passe ses premières années au Tchad, laissant des traces indélébiles. Son père peint, et le jeune garçon vit entouré d'animaux, comme en témoigne une photo de lui, bambin, caressant une panthère « domestiquée ». Plus tard, en France, un professeur d'arts plastiques remarque ses talents. Au collège, il devient le peintre officiel des cours de langues anciennes, immortalise les scènes de la mythologie grecque, et ses œuvres sont affichées.
Adulte, il mène une double vie professionnelle, travaillant dans le commerce du vin, notamment pour Advini, sans jamais lâcher l'acrylique. Il y a dix ans, après le décès de son père, il décide de se consacrer exclusivement à son art. Cheveux longs, tatouage de reptile sur le bras, chemise entre-ouverte sur un pendentif ethnique, il dégage le look d'un héros de BD qui aurait pas mal bourlingué. « Aujourd'hui, c'est dans les vies que je baroude », lâche-t-il dans un grand sourire. Christophe Heymann a déposé son concept à l'INPI, officialisant ainsi sa démarche artistique unique.



