Art brut au château d'Aubais : Alain Bouillet, nomade et trouveur
Art brut à Aubais : Alain Bouillet, nomade et trouveur

Jusqu'au 25 octobre, le château d'Aubais accueille l'exposition « Artistes nomades », une carte blanche offerte à Alain Bouillet, artiste et collectionneur d'art brut. L'ancien universitaire y présente une sélection de sa collection personnelle, promise au musée de Lausanne, ainsi que ses propres créations réalisées à partir d'objets trouvés. L'exposition est visible les vendredis, samedis et dimanches, de 14 h à 19 h, avec une entrée libre.

Un hommage à Adam Nidzgorski

Dès l'entrée, le bureau d'Alain Bouillet est reconstitué, comme une porte vers son univers où les œuvres d'art côtoient des poupées sud-américaines ou des bouts de crayon. Pour cette carte blanche, le collectionneur met à l'honneur son ami, l'artiste d'origine polonaise Adam Nidzgorski, disparu l'an dernier. « J'ai beaucoup nomadisé avec lui », sourit Alain Bouillet, qui a collecté avec lui de l'art brut en Pologne.

Adam Nidzgorski travaillait dans la marge, refusait les catégories et ne se définissait pas comme artiste, expliquant tout simplement qu'il n'avait pas d'atelier. Mais il dessinait et peignait sans cesse, sur tout ce qui passait, des visages, des silhouettes, souvent en groupe, avec des yeux écarquillés interpellant le visiteur.

Une collection passionnante d'art brut

À ses côtés, Alain Bouillet présente quelques œuvres issues de sa collection d'art brut, promise au musée de Lausanne, le temple en la matière. Derrière chaque œuvre se cache une histoire, une âme, un parcours, un rêve ou une blessure. Dans les belles salles voûtées du château, on retrouve notamment les « fusils pour tuer la misère » d'André Robillard, qui a passé sa vie en hôpital psychiatrique.

Martha Grünenwaldt avait joué du violon dans les rues. Domestique, ses patrons lui avaient volé les cordes de son instrument. À 70 ans, en secret, elle s'est mise à dessiner des visages entrelacés avec les crayons de ses petits enfants puis jetait les feuilles par la fenêtre. Henriette Zéphyr, artiste psychopompe, dessinait des volutes inspirées par les intraterrestres, tandis que le maçon d'origine algérienne Abdelkader Rifi peignait des univers foisonnants et colorés. Yvonne Robert, elle, s'est mise à dessiner à la mort de son fils des histoires inspirées par sa vie paysanne.

Les créations nomades d'Alain Bouillet

En regard de ces œuvres, Alain Bouillet dévoile ses propres recherches artistiques. Dans son nomadisme, il ramasse aussi des déchets. « Je suis un trouveur. Est-ce que c'est moi qui trouve ces objets ou est-ce qu'il me trouve ? Sans doute un peu des deux », explique-t-il. Il ramasse ce qui lui tape dans l'œil, par la forme ou par la couleur. « Entre le moment où je les trouve et celui où je les assemble, il peut se passer quelques mois ou des années. L'important, c'est de les trouver », poursuit-il.

Ainsi naissent des visages, des silhouettes, un Homme à l'œil bleu ou un Ébahi au visage hurlant. Des êtres inclassables auxquels Alain Bouillet « redonne leur différence ». Des visites guidées avec l'artiste sont proposées samedi 3 et vendredi 24 octobre à 16 h, sur réservation au 07 51 47 53 13. Le vernissage a lieu vendredi 2 octobre à 18 h.