L'école des Beaux-Arts de Sète, installée dans la villa Erialc sur les contreforts du mont Saint-Clair, forme cette année 480 amateurs et une trentaine d'étudiants en classe préparatoire aux concours des écoles supérieures d'art, de design ou d'architecture. Fondée en 1962 par Eliane Beaupuy-Manciet, artiste peintre et lauréate du prix de Rome en 1947, l'établissement rénové jusqu'en 2025 veut créer de nouvelles passerelles avec l'enseignement supérieur, notamment via une convention avec le Moco à Montpellier.
Une prépa qui vise une reconnaissance nationale
La prépa des Beaux-Arts de Sète, dont la réputation n'est plus à faire dans le monde artistique, ne figure pas encore sur ParcoursSup. Jean-Marie Boizeau, directeur depuis deux ans, travaille à inscrire l'établissement parmi les filières proposées sur la plateforme nationale d'orientation post-bac. « Notre mission première, c'est l'éducation artistique et culturelle pour tous. Nous sommes donc agréés par le ministère de la Culture et financés par la Ville, rappelle-t-il. N'étant pas diplômant pour l'Education nationale, nous avons signé une convention avec un Etablissement public de coopération culturelle, le Moco à Montpellier, de manière à pouvoir figurer parmi les offres de l'enseignement supérieur. Ce serait une reconnaissance et donnerait plus de visibilité à notre école ».
La réponse des deux ministères, Culture et Éducation nationale, est attendue pour ce mois de novembre. Les étudiants retenus, âgés de 17 à 25 ans, passent un an à explorer les pratiques artistiques à raison de 40 heures par semaine, avec un accès à toutes les formes de création : peinture, céramique, gravure, modèle vivant, son, texte, et peut-être bientôt l'IA. Les frais d'inscription s'élèvent de 250 € à 480 € par an.
Des passerelles avec le tissu local et l'enseignement supérieur
L'école sétoise veut aussi exister à travers les passerelles qu'elle crée avec d'autres pôles de formation, comme le pôle universitaire Michèle-Weil (notamment sur les Industries culturelles et créatives) ou le CFA, ou même au sein de la formation continue. « On a des choses à se dire pour enrichir nos formations à travers un continuum. On a un rôle dans les parcours de compétences, pour préparer par exemple des jeunes qui veulent faire des métiers dans l'art visuel, ou accompagner les artistes présents sur le territoire », résume Jean-Marie Boizeau.
Pour aider les étudiants à y voir plus clair « dans la jungle » que peut être le milieu culturel, en termes de débouchés ou même financièrement, l'école propose deux rendez-vous par an. Le premier en décembre, le salon de poche « qui prend de l'ampleur », réunit sur une demi-journée les représentants des écoles supérieures d'art, les étudiants, mais aussi les missions locales, les CIO, etc. Des journées portes ouvertes baptisées « Retour vers le futur » se tiennent aussi pendant l'hiver, permettant aux étudiants de faire connaissance avec les institutions culturelles comme le Crac, le Frac, le Miam, et avec d'anciens élèves devenus artistes confirmés.
Un cycle Beaux-Arts et un atelier « Post-production »
L'école n'est pas seulement ouverte aux futurs professionnels mais à tout un chacun, désireux de pratiquer les arts. Ils sont 480 (dont beaucoup de Sétois) à s'être inscrits cette année, et pour certains dès le mois de juin. Il reste encore quelques places pour les retardataires. « Nous avons ouvert un cycle Beaux-Arts sur trois ans, qui permet de valider la progression des compétences », met en avant le directeur, bluffé par le niveau exceptionnel de certains élèves amateurs. « Nous avons aussi une nouveauté depuis l'an dernier, avec la mise en place d'un atelier appelé “Post-production” avec 12 élèves sélectionnés par les profs pour leur apporter un soutien de professionnalisation avec des travaux autour de l'accrochage, de l'écriture, de la préparation d'un dossier ».
La villa Erialc est elle-même une inspiration pour les étudiants : « le jardin autour où ils peuvent travailler, la plage, la Gardiole, ça leur donne un rapport au vivant », souligne Jeanne Corporon, adjointe à la culture de Sète, elle-même ancienne élève des ateliers. « Quand les étudiants ont goûté à Sète, ils reviennent souvent après leur formation », constate-t-elle. Les étudiants sont d'ailleurs invités à montrer leurs travaux à la Chapelle du Quartier Haut et, pour l'atelier « Post-production », à faire des exercices à la galerie l'Atelier.
Un recrutement basé sur la curiosité, pas le niveau scolaire
« Les étudiants qui postulent ont un profil vraiment très large, explique Jean-Marie Boizeau, le directeur qui retient chaque année, avec son équipe, 30 étudiants (de 17 à 25 ans) pour la classe prépa. On ne juge pas les candidats sur le niveau scolaire, mais on est intéressés par des personnes habitées et qui ont une curiosité des arts en général avec une envie d'en savoir plus. » Lors du recrutement, les candidats sont invités à proposer une création imaginée pendant 45 minutes puis ils ont un entretien individuel. « On leur dit aussi : si vous êtes prêts, tentez les écoles ! »
L'équipe pédagogique est constituée de 19 enseignants également artistes, à l'instar d'Armelle Caron. Cette année, les étudiants pourraient croiser Gaëlle Hippolyte (du duo de plasticiennes Hippolyte Hentgen) ou Boris Geoffroy (duo île/Mer/Froid). L'école, qui a « découvert » de nombreux grands noms de l'art comme Robert Combas, poursuit ainsi sa mission d'éducation artistique et culturelle pour tous, tout en renforçant son rôle d'orientation dans le monde culturel.