La Manufacture de Bordeaux se métamorphose pour la danse contemporaine
Manufacture Bordeaux : métamorphose pour la danse

Scène agrandie, deux studios au lieu d'un et, toujours, son emblématique façade bleue. La Manufacture se transforme pour mieux servir la danse contemporaine à Bordeaux. Le chantier se visite.

Un vaisseau de la danse en pleine mutation

À la Manufacture, point d'éprouvettes : l'alchimie est affaire de coups de masse et de coffrages en béton. Vaisseau de la danse contemporaine à Bordeaux, l'emblématique bâtiment du boulevard Albert-Ier, à deux pas de la barrière de Bègles, a entamé sa mue en août 2025. Le chantier, d'un montant de 11,6 millions d'euros, doit permettre à la Manufacture de prendre une nouvelle dimension. Des spectacles de danse contemporaine plus ambitieux, davantage de créations et une activité de médiation accrue, conformément à sa mission de Centre de développement chorégraphique national (CDCN) de Nouvelle-Aquitaine. En plein achèvement du gros œuvre par l'entreprise Dune construction, le CDCN et l'architecte animent des visites publiques. La première a eu lieu jeudi 7 mai. À environ un an du retour des spectateurs.

Des courbes de visibilité pour une expérience optimale

Groupe restreint, bottes de sécurité et casques de chantier blancs. « Les mythiques poteaux de béton de la scène vont-ils disparaître ? J'en suis encore amoureux », s'enquiert d'emblée un visiteur. Sacrifiés sur l'autel du renouveau, pour la bonne cause. La scène s'agrandit, la capacité de la salle de spectacle passe de 196 à 287 spectateurs, avec de vraies « courbes de visibilité ». « Un ingénieur structures a optimisé la charge du bâtiment pour ne plus avoir de poteaux partout. Les artistes doivent pouvoir danser librement », explique Maurine Aguillon, de Compagnie architecture. Le cabinet bordelais s'est fait une spécialité des lieux culturels. Il œuvre aussi au Krakatoa de Mérignac.

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« La Manufacture n'avait connu que de menus travaux, pas vraiment d'aménagement spécifique, explique Maurine Aguillon. Les techniciens travaillaient à quatre pattes entre la charpente et les éléments de scénographie. » Ils disposeront, désormais, de passerelles scéniques, pour plus de confort et de sécurité. Sans effacer le passé. La charpente métallique, vestige du temps où les frères Mauduit fabriquaient des chaussures pour enfants, reste.

Un passé industriel préservé

Démarrée en 1930, l'activité industrielle a cessé en 1986. Avant la Manufacture, le Tout nouveau théâtre (TNT) a pris possession des lieux en 1997, avec ses « créations émergentes et pluridisciplinaires ». Le bâtiment est tombé dans l'escarcelle de la Ville de Bordeaux en 2019. « Des ouvriers vivent encore dans les tours juste derrière le bâtiment », explique Juliette Roiné, médiatrice à la Manufacture. Pas question de faire table rase. L'emblématique enseigne bleue est conservée. La surélévation du bâtiment est prévue en retrait de la façade, pour lui laisser de l'espace.

L'histoire affleure dans le projet architectural. Le bleu outremer de la façade se déclinera par petites touches à l'intérieur. L'enseigne aux lettres blanches, emblématique du bâtiment, sera mise en valeur par un parvis. La surélévation prend du recul pour lui laisser toute la place.

Un défi structurel relevé

La Manufacture monte d'un étage pour laisser plus de place à la création. Habillée de bois « pour le relief et le caractère », l'élévation abritera deux studios de répétition au lieu d'un jusqu'ici. « Avec les mêmes conditions que sur le plateau principal, dont une hauteur libre de 5 mètres pour permettre les portés », précise Maurine Aguillon. Aussi bien écrins de résidences que petites salles de représentation, ils se déploient pile au-dessus de la grande.

« C'était le défi structurel de ce projet, précise Chloé Bodart, associée chez Compagnie architecture. Treize mètres de portée avec une surcharge d'exploitation assez costaud. » Encore à ciel ouvert, l'étage accueillera bientôt la charpente. « Le chantier va accélérer, maintenant », sourit Chloé Bodart. Plaquistes puis scénographes vont, entre autres, se succéder jusqu'en décembre. Le hall d'entrée, plus ouvert sur le boulevard et doté d'une petite restauration d'une cinquantaine de couverts, va lui aussi prendre forme. Retour du public entre le printemps et l'été 2027. D'ici là, le CDCN continue de vivre hors les murs.

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D'autres visites à venir

D'autres visites publiques du chantier sont déjà prévues les jeudis 4 juin et 9 juillet, à 17 h 30 (gratuit sur inscription sur lamnufacture-cdcn.org). Elles entrent pleinement dans le processus de reconstruction. « Chez Compagnie architecture, nous parlons de maîtrise d'usage, explique Chloé Bodart. L'utilisateur détient une compréhension du lieu que nous, architectes, n'avons pas totalement. » Personnels du CDCN, spectateurs, riverains, artistes ont été associés dès les premières études, via des visites ou des ateliers thématiques.